Pour la parité, inventons le scrutin duonominal

9 mai 2010, redaction

La parité homme-femme est désormais inscrite dans la Constitution de notre pays, et tout le monde s’en félicite.

Les élections régionales récentes ont confirmé de ce point de vue la pertinence et l’efficacité des listes mixtes alternant les candidats de chaque sexe, listes dites chabadabada, qui garantissent l’égale représentation des hommes et des femmes dans les conseils régionaux.

Le projet de loi sur la réforme territoriale actuellement en discussion au Parlement prévoit parmi nombre de propositions discutables (suppression de la clause de compétence générale, encadrement budgétaire des collectivités, recentralisation perlée,…), la création d’un nouveau conseiller territorial appelé à remplacer les conseillers régionaux et généraux  en siégeant dans les deux assemblées.

Pour maintenir la parité, le bon sens aurait voulu que le mode de scrutin retenu pour l’élection de ces nouveaux conseillers territoriaux s’inspire du mode de scrutin des régionales, en renforçant éventuellement le poids et la lisibilité des sections départementales; malheureusement, le mode de scrutin proposé par le gouvernement est, sur la base de simples calculs politiciens, le scrutin uninominal à deux tours secs, agrémenté d’une dose homéopathique de proportionnelle.

De l’avis général, un tel mode de scrutin aura pour conséquence inéluctable de faire régresser de manière considérable la parité dans les assemblées territoriales ; ce qui risque d’ailleurs de frapper d’inconstitutionnalité cette réforme, puisque la Constitution prévoit explicitement que « la loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et aux fonctions électives ».

Aussi, pour maintenir la parité, à défaut de l’équité, pour ces nouvelles élections territoriales, la solution pourrait être d’inventer dans  notre pays le scrutin « duonominal », scrutin dans lequel les candidatures doivent être obligatoirement présentées par paires, un homme- une femme, tous deux étant élu(e)s en cas de succès. La parité serait ainsi garantie dans chacune des assemblées.

Pour réaliser cette réforme, sans augmenter le nombre d’élus, il suffit de regrouper les cantons par deux, trois ou quatre, et d’élire deux conseillers par circonscription ainsi créée, à charge pour eux de s’organiser comme ils l’entendent à l’intérieur de leur circonscription (répartition par compétences ou par territoire).

La question de savoir si cette élection doit être à un tour,  deux tours secs (où seules les deux paires arrivées en tête au premier tour peuvent se présenter au deuxième tour), ou  deux tours ouverts (où les paires ayant obtenu 10% au premier tour peuvent se maintenir au deuxième) méritera d’être posée. Cependant, pour éviter les triangulaires ou quadrangulaires qui risqueraient de conduire à une paralysie par fragmentation des assemblées, il paraitrait  judicieux de s’orienter vers un scrutin à deux tours secs, mais avec faculté de recomposer les paires entre les deux tours sur la base d’accords politiques, tout en maintenant bien entendu la parité homme-femme; cette option permettant d’ailleurs de favoriser une meilleure représentation proportionnelle.

En cas de réussite, cette formule de scrutin duonominal pourrait être élargie au scrutin législatif, garantissant enfin une juste représentation des femmes à l’Assemblée Nationale !

Christian DESPLATS, Conseiller régional Provence Côte d’Azur

Comme un dimanche

8 mai 2010, redaction

A deux pas de l’Abbaye aux hommes à Caen , Normandie, connaissez vous un lieu pour manger, flaner, lire, trouver des livres introuvables, chiner, converser, goûter, normandiser, prendre de la distance, se régaler, bavarder, donner rendez vous … C’est: « Comme un dimanche » restaurant, brocante, salon, bibliothèque, librairie, retraite… Ouvert en semaine. tel:0231743664. commeundimanche@hotmail

L’histoire du Sauvage

25 avril 2010, Les Sauvages Associes

Le Sauvage magazine écologique mensuel a été publié par le Nouvel Observateur de 1973 à 1981. Le premier numéro paraît le 1er avril 1973 sous le titre : 1973 L’Utopie ou la mort . Il fait suite à un numéro spécial du Nouvel Obs. en 1972 : La dernière chance de la Terre. C’est un grand succès, 200.000 exemplaires vendus, qui décide Claude Perdriel, directeur du Nouvel Obs, à entreprendre le Sauvage. Alain Hervé créateur des Amis de Terre en 1970, qu’il vient de laisser entre les mains de Brice Lalonde, en est l’artisan. Il est appuyé par Philippe Viannay le créateur des Glénans, du CFJ, et pour partie du Nouvel Observateur et Edouard Golsmith le créateur en Angleterre du premier magazine écologique au monde, The Ecologist .

Le Sauvage associe la culture à l’écologie et vise un large public au delà du militantisme et de la mouvance 1968. Le numéro 2 titre :La grande crise de l’énergie, le numéro 3 :Travailleurs de tous les pays reposez vous, le numéro 5 : Faut il fermer Renault . Les grands thèmes des écologistes des années 2000 – 2010 sont déjà tous présents. En 1974 Le Sauvage soutient la candidature de René Dumont à la Présidence de la République. Brice Lalonde qui est membre de la rédaction est le chef de campagne et Alain Hervé responsable du bureau de presse.

Le Sauvage qui tire de 40.000 à 25.000 exemplaires subit les aléas économiques de son refus de publier des publicités qui encouragent la consommation. Au fil des années il titre sur la Condition masculine, la Maison solaire, l’Echappée belle, Pour manger sans en crever, l’Excrément humain, l’Eté lent, Destination Ecotopie, le Retour à la terre ,l’Animal et l’homme, le Jeu ,la Vraie ville, la Dolce vita, la maison éolienne, le corps humain, la maison écologique, Eloge de la paresse, Vive la crise en janvier 1975, le Jardin planétaire en 1981.

Les petites annonces du Sauvage sur plusieurs pages sont le rendez vous des initiatives communautaires de l’après 68. La collection du Sauvage peut se consulter au Nouvel Observateur. Nous publierons à la demande et selon le temps dont nous disposons des articles de l’ancien Sauvage.

Les éditoriaux d’Alain Hervé qui a animé l’équipe pendant neuf ans sont publiés sous le titre l’Homme Sauvage en 1979 chez Stock.

Parmi les signataires d’articles on trouve Michel Bosquet, Théodore Monod, Gilles Lapouge, Bernard Moitessier, Edgar Morin, Robert Jaulin, Serge Moscovici, , Herbert Marcuse, Ralph Nader, Jacques Brosse, Philippe Saint Marc, Henri Laborit , Guy Hocquenghem, Christiane Rochefort, Alain Finkielkraut, Pierre Lieutaghi, Michel Edouard Leclerc, Joël de Rosnay, Ivan Illich, Jean Malaurie, André Langanay, Jane Fonda, Barry Commoner, Bertrand de Jouvenel, Edouard Godsmith…

Parmi les journalistes permanents ou pigistes réguliers dans les deux versions successives du Sauvage: Françoise Biro, Laurent Samuel, Patricia Gautier, Pierre Ajame, Jean-Louis Hue, Jean-Paul Gibiat, Marie Noelle Hervé, Misette Godard, Dominique Martin Ferrari, Hélène Crié, Chris Kutchera, Anne-Marie Koenig, Sophie Chauveau, Arthur, Alain Jaubert, Pierre Lieutaghi, Cédric Philibert, Roland de Miller, Maryse Lapergue, Charlotte Vinconneau, Dominique Simonnet, Claudine Quiblier,Michka Jean-Paul Ribes, Jeanne Baraduc,, Marie Paule Nougaret, Antoine de Caunes, Catherine Willis, Franz Olivier Giesbert, Bernard Guetta, Catherine David, Michka, Ghislain Nicaise, Lison de Caunes, Toumi de Saint Afrique, Patricia Raksani, Monique Sobieski, Laurence Bardin,Sophie Chauveau, Gérard Blanc Jacques Grinewald, Christophe Chelten, Hugo Verlomme, Marie Ernouf, Jacques Meunier, Anne Marie de Vilaine, Jean Louis Breton…
Brice Lalonde est le correcteur en titre et l’auteur sous le nom d’Oliver Forbes d’une revue de la presse scientifique. Daniel Maja est le principal dessinateur et Claire Brétécher y publie chaque mois le Bolot occidental.
Fabrice Nora, Disier Veyret et Jean-Claude Rossignol administrent le journal.

En février 1981 le Sauvage s’arrête à la veille des élections présidentielles. Brice Lalonde est candidat face à François Mitterand. Le groupe du Nouvel Observateur cède pour une somme symbolique le titre La Sauvage aux Sauvages associés constitués en association de 1901.

A l’initiative des Sauvages associés, Il reparaît en 1991 sous le titre : La Lettre du Sauvage. Il dure un an.
Ce sont toujours les Sauvages associés qui publient ce site

Elizabeth Badinter et la maternité

25 avril 2010, Ghislain Nicaise

La sortie en février 2010 du livre d’Elisabeth Badinter « Le conflit, la femme et la mère » a suscité de nombreuses réactions, en particulier de femmes de la mouvance écologiste, hostiles à la vision de l’auteure.
Cet essai suggère que le modèle actuel de la maternité, influencé en particulier par une « offensive du naturalisme » serait un obstacle à l’égalité homme-femme. La réaction des « naturalistes » a été rapide et à mon avis très pertinente, une recherche rapide sur internet avec les mots clefs « vertes de rage » permet d’en juger.
Il apparait qu’E. Badinter ne s’est pas posé la question de savoir pourquoi les mouvements écologistes semblaient permettre une meilleure émergence de cadres femmes et elle dénonce sans plus d’hésitation ces femmes comme des obstacles à la cause du féminisme.
Qu’il soit permis à un homme, féministe par son éducation et par choix assumé, d’apporter son grain de sel dans cette controverse.

Le drame des couches culottes

Une partie du débat porte sur les couches culottes jetables. Elisabeth Badinter en veut aux écologistes de critiquer cet accessoire d’une maternité moderne. Ayant eu le privilège de prendre ma part aux changes de deux enfants, je m’autorise une incursion technique sur ce sujet. Il peut être utile de rappeler que les couches jetables d’aujourd’hui sont généralement formées d’une partie externe imperméable en plastique doublée d’une partie interne absorbante. Lorsque la couche a rempli son office, ou pour le formuler autrement lorsque le bébé a rempli sa couche, on enlève la couche saturée et on replie le tout en un paquet, fermé par les parties adhésives qui maintenaient la taille. Le déchet ainsi produit est déplorable, difficilement recyclable et, si l’on en est resté aux incinérateurs, mauvais combustible. Lorsque notre ainée était bébé, à la fin des années 1960, les couches jetables composées d’une partie absorbante étroitement solidaire d’une enveloppe plastique n’étaient pas encore sur le marché. Les couches en tissu, lavables, qui à cette époque étaient la solution habituelle, ne me semblent pas une solution écologique satisfaisante, trop dispendieuses en eau et en main d’oeuvre. La manipulation est en outre désagréable. Sept ans après, à la naissance de notre cadet, nous avons pu tester une plus grande variété de systèmes. Celui qui me semble devoir être retenu est l’association entre une partie absorbante cellulosique et une enveloppe imperméable indépendante. La partie absorbante souillée, biodégradable, se composte remarquablement vite et donne un compost inodore d’excellente qualité, et la partie imperméable se rince et sèche facilement. Je me souviens avoir récupéré dans le compost mûr de fines enveloppes en mailles synthétiques non biodégradables qui dans certaines marques avaient enveloppé la partie absorbante. Ce tri ultime n’était pas contraignant. Cette histoire de couches me semble exemplaire des solutions techniques que peuvent choisir les écologistes qui sont rarement le retour au passé, comme l’a dit récemment en substance Cécile Duflot « nous ne somme pas pour le retour à la lampe à huile, cette solution est trop polluante ».

Elisabeth Badinter s’en prend aussi à l’allaitement, alors que le taux d’allaitement à la naissance est en France de 50 % et que les pays scandinaves en sont à plus de 90 %. En Europe seule l’Irlande a un taux plus bas que la France. Il peut être utile de rappeler qu’en Suède il y a 46 % de femmes au parlement contre 10 % en France. La corrélation entre allaitement et parité ne semble pas aller dans le sens des thèses d’Elizabeth Badinter.

Le rejet par Elisabeth Badinter de toute notion d’instinct de reproduction est respectable philosophiquement, mais ne me semble pas réaliste. Elle constate que de nombreuses femmes n’ont aucune envie d’enfant et elle en déduit qu’il n’y a donc pas d’instinct. Cette thèse a fait l’objet d’une controverse intéressante entre Elizabeth Badinter et une anthopologue membre de l’Académie des Sciences américaine, Sarah Blaffer Hrdy.
La partie de la population qui se reproduit ne le ferait-elle que par conformisme social ou culturel ? Pour avoir eu moi-même, particulièrement pendant toute ma jeunesse, envie d’enfants, j’ai peine à croire que cette envie m’ait été inculquée par mon éducation. On peut se risquer à affirmer que les personnes qui ont envie d’enfants laissent plus de descendance que les personnes qui n’en ont pas envie : cela ne relèverait-il que de la culture et pas un peu de la biologie ? On touche là au vieux débat de l’inné et de l’acquis. L’hypertrophie du cerveau humain a sans doute perturbé bien des fonctions biologiques mais cela ne signifie pas pour autant qu’elles aient disparu.

Le « plafond de verre » qui empêche les femmes d’occuper des positions dominantes dans notre société résulte peut-être en partie de la maternité mais certainement aussi d’autres facteurs, qu’ils soient innés, acquis ou un peu des deux comme souvent dans notre espèce. En tant qu’universitaire j’ai à plusieurs reprises participé à des concours de recrutement qui opposaient un homme et une femme, émergeant au dessus du lot des candidat-e-s. J’ai en mémoire deux cas où la femme l’a emporté alors que dans ces deux cas (selon mon jugement) l’homme était un meilleur chercheur et même potentiellement meilleur enseignant mais manquait de confiance en soi. La femme par contre était dans les deux cas une battante, plus extravertie, avec une agressivité joyeuse qui a emporté l’adhésion du jury dont je peux dire sans risquer de le calomnier qu’il n’était pas composé principalement de féministes. A noter que ces deux femmes sont mères de famille. Ces cas remarquables sont confortés pour moi par les cas plus fréquents où un homme médiocre mais content de lui l’emportait sur des concurrents, hommes ou femmes, plus capables mais plus modestes. Je vous laisse le soin de décider si ces concours de recrutements d’universitaires sont ou non à l’image de ce qui se passe ailleurs.

Ghislain Nicaise

Réveillez vous, le varan saute

17 avril 2010, Alain Hervé

En 2000, vous avez lu « le Portail » de François Bizot, dans lequel il raconte sa captivité chez les Khmers rouges et comment il échappe à la mort. Et comment nos lâches intellectuels français ont soutenu le génocide. En juin 2006, il publie « Le saut du varan » qui suscite moins de commentaires mais qui est en quelque sorte la conclusion du « Portail » avec au bout d’une intrigue policière, qui n’est que prétexte, cette constatation : « … l’humanité c’est une erreur ».

Mais d’abord une longue marche à travers la forêt tropicale au nord d’Angkor, à la recherche d’une femme éventrée et d’un fœtus disparu. A travers une botanique utérine où la sève domine le sang. (merci pour la connaissance exacte des plantes), deux hommes remontent les pieds dans la boue, la tête dans les rêves, jusqu’à leur enfance et admettent que « l’on ne sait rien ».

Bizot est ethnologue, membre de l’Ecole française d’Extrême Orient. Il connaît la terre asiatique, les hommes qui l’habitent et les mythes qu’ils respirent. Il nous entraîne dans une plongée en apnée dans la matière des choses et les illusions que nous entretenons à son sujet.

Il nous fait participer à la « mangeaison » d’un durian (Durio zibethinus). Il nous apprend comment chier et se torcher en forêt, dans les feuillées comme on le disait autrefois, comment ne pas se moucher, comment tomber en religion devant le sexe de la femme, comment décomprendre le monde, comment se méfier de la raison, comment réviser dramatiquement nos rapports avec les mots, avec le langage humain. Il nous explique la disparition de l’homme de Néanderthal par une hypothèse étonnante : il ne parlait pas. Sapiens, avec son trop gros cerveau, et son bavardage belliqueux l’a tué.

Bizot décoiffe nos vieilles incertitudes. Sous couvert d’un roman d’aventure, il secoue la litière inconfortable dans laquelle nous prétendons continuer de dormir. Oui Bizot est un éveilleur. C’est pour cette raison que nous revenons sur un livre publié il y a quatre ans. Et que nous venons de relire. Lisez le. On en trouve d’occasion à partir de moins de cinq euros, chez qui vous savez. Je vous laisse découvrir comment saute le varan.

Teddy Goldsmith

16 avril 2010, Alain Hervé

C’était un féroce amoureux de la vie. C’était un grand croyant. En la vie. Il s’appelait Edward Goldsmith. On ne l’appelait que Teddy. Il n’aurait pas pu s’appeler autrement.

Il se saisissait la barbe à pleine main pour raconter des épisodes de sa vie d’enfant gâté, qu’il tournait en dérision.
Une campagne électorale dans le Suffolk, en 1969, avec des chameaux, ou bien pour annoncer le réchauffement climatique. Au cours d’une réunion d’Ecoropa, j’ai vu Denis de Rougemont tomber de rire de sa chaise en l’écoutant. Denis était un sérieux à cœur.

Teddy, selon l’humeur, était franco-anglais, franco par sa mère originaire du Bourbonnais ou anglo par son père, membre du parlement anglais. Il a d’abord publié en anglais, puis, avec l’aide de Jean-Marie Chevalier, en français chez Fayard. Un seul de ses titres résume tous les autres : « Changer ou disparaître » Il a lancé en 1969 le premier magazine écologique au monde : The Ecologist. Il a participé au numéro exceptionnel du Nouvel Observateur « La Dernière chance de la Terre » en 1972. Il m’a aidé à lancer le Sauvage un an plus tard. Il y a régulièrement collaboré. En 2000, il a lancé, avec Thierry Jaccaud, l’Ecologiste en français.

Teddy avait la réputation d’être millénariste. Il l’était. Tout ce qu’il a annoncé dès la fin des années 60 finit de se réaliser aujourd’hui : la pollution généralisée des eaux, des terres, de l’air, la surpopulation, la destruction de l’agriculture vivrière, la fonte des glaciers et de la banquise, l’extension de la famine dans le tiers monde… On attend l’accident nucléaire ou la rupture d’un grand barrage.

C’était un insoumis, c’était un visionnaire. Ca n’a pas plu au cœur des vierges amoureuses de la technologie qui n’en finissent pas d’annoncer un avenir glorieux grâce à des solutions miracles. Le jury du Prix Nobel l’ayant loupé, on lui a décerné en 1991 le Right Livelihood Award, le prix Nobel alternatif, entre autres à l’instigation de tous ses amis indiens de la Gandhi Peace foundation. Il peut se vanter de n’avoir pas été compris, ni par les hommes politiques, ni par les universitaires à la solde du pouvoir économique.

Il n’a voulu se déclarer ni de gauche ou de droite. On l’accusait d’être conservateur alors que ses idées étaient révolutionnaires.
En tant qu’anthropologue de formation, il pensait que l’histoire de l’animal humain avait déraillé dès le néolithique. Il pensait que l’adoption de l’agriculture avait été à l’origine de la guerre. On ne risque pas d’entrer dans les Académies avec ce genre de préalable. Même si l’on se passionne pour le modèle de « La Cité antique » de Fustel de Coulanges. Si l’on s’oppose violement aux multinationales et à la Banque Mondiale ou si l’on plaide pour le communautarisme, la convivialité, l’échange…

Il a publié en 2002 une synthèse de ses réflexions sous le titre « le Tao de l’écologie, une vision écologique du monde », (Le Rocher ed.).
Puissent ceux qui s’intitulent écologistes de nos jours, le lire, et s’en inspirer à chaque instant. Même si l’on ne se rallie pas à tous les détails de sa démonstration.

Teddy était amoureux de l’Italie. Il y vivait la moitié de l’année. De sa terrasse il voyait les remparts de la ville de Sienne dont il avait étudié l’étonnant système de gestion municipale, des « contradas » qu’il admirait sans réserves. Il y est mort le 21 août 2009 à dix heures trente, au milieu de ses cyprès. Il avait quatre-vingts ans. Pendant trois ans sa femme Cathy l’a aidé à vivre une lente descente vers l’ombre. Qu’elle en soit remerciée. Que soit également remercié son frère Jimmy qui l’a aidé dans toutes ses entreprises.

Nous avons côtoyé un prophète. Il n’a pas été compris par un establishment politique et économique aveugle et sourd. Nous avons partagé son enthousiasme, sa drôlerie, sa simplicité.

On ne peut s’empêcher dans l’église Saint Thomas d’Aquin où nous nous trouvons de faire un rapprochement. Thomas a bouleversé l’histoire de l’Eglise par son enseignement théologique. Teddy risque d’avoir lui aussi une influence déterminante sur l’avenir des sociétés humaines par son analyse radicale de l’impasse écologique dans la quelle nous sommes engagés.

C’était un grand homme. C’était notre ami.

Pierre Samuel

16 avril 2010, Alain Hervé

Tout nous séparait.
Il était mathématicien et je conserve encore un souvenir épouvanté de mes relations avec les profs de math.
J’étais journaliste, navigateur et pas du tout scientifique.
Il fumait et ça m’agaçait car je venais de réussir à m’arrêter.
Il prenait des notes sur ses vieux paquets de gitanes et je considérais qu’il s’agissait d’une démonstration de recyclage un peu puérile.

A part ça nous nous complétions sans doute parfaitement. A ma fantaisie désordonnée, à mes improvisations brutales, il opposait le calme, l’organisation, la continuité. A vrai dire nous avons cohabité peu de temps. J’avais quitté la direction des Amis en 1972, lorsque j’avais passé la main à Brice Lalonde. Je m’occupais surtout alors du Sauvage qui en était à ses premiers numéros. Mais à partir de 1973, nous nous rencontrions fréquemment à l’occasion des réunions des Amis quai Voltaire.

Tout nous rapprochait.

Nous étions tous les deux féministes. Je me souviens de fameux délires avec Christiane Rochefort. Je l’appréciais pour être l’auteur d’Amazones guerrières et gaillardes, une recherche suprêmement originale et documentée, qui déniaisait le simplisme bien pensant et sectaire de certaines féministes de salon. Pierre était un gaillard discret mais informé.

Je l’appréciais pour assurer avec discrétion et fermeté le pilotage des Amis au jour le jour : surveiller les comptes, désamorcer les dérapages gauchistes, développer le réseau national, assurer le lien avec ses amis scientifiques de Survivre et vivre ; soutenir Brice tout en tenant les Amis en dehors d’un engagement politique trop politicien.

Complémentarité au fil des années, qui nous valut d’être promus ensemble au titre de Présidents d’honneur des Amis de la Terre, avec une Légion d’Honneur en prime. Grâce auxquelles Brice, devenu ministre, voulait à travers nous promouvoir l’écologie en général au rang de grande préoccupation nationale.

Nous n’étions pas d’accord à propos du titre du Courrier de la Baleine, que m’avait soufflé une géniale américaine, Joan Mac Intyre ( son Mind in the waters est un des meilleurs livres écrits sur les cétacés). Il préférait par souci de concision La Baleine tout court. Qu’importe.

Pierre avait une force d’être exceptionnelle. Je me souviens qu’en 1973 au cours de la première crise de l’énergie, à l’invitation de Teddy Goldsmith, de l’Ecologist, nous participions à un congrès à Bournemouth en Angleterre. Les Anglais, se croyant revenus au temps du blitz, avaient décidé d’éclairer l’hôtel aux bougies et de supprimer le breakfast. Pierre descendit dans le lobby et se coucha par terre sur la moquette au milieu du passage et refusa de se relever tant qu’on ne lui aurait pas servi son petit déjeuner. Il l’eut.

Cet été 2009, Pierre et Teddy se sont donné le mot pour nous quitter presque le même jour. Mais ils restent avec nous parce que nous les admirons et les aimons. Ils nous ont ouvert la route.

Michel Bosquet

16 avril 2010, Alain Hervé

Comme nous tous Gérard, Michel Bosquet, (un pseudo prémonitoire ?) André Gorz, arrivait du Rift africain via Lucie. Mais, malgré un détour par les Balkans, lui se souvenait du long voyage de l’Espèce humaine et des souffrances endurées.

Gérard était un petit corps, une grosse tête et un gros cœur.

Je me souviens d’un repas organisé par Claude Perdriel, avec des Polytechniciens de la direction d’EDF, boulevard Saint-Germain dans un restaurant aujourd’hui disparu, au coin de la rue du Dragon,. Gérard écoutait le chœur des anges technocrates nous prêcher l’innocuité du Nucléaire. Il écoutait modestement, puis on entendait sa voix basse qui claquait comme une serrure bien huilée : il ne les croyait pas.

Lui-même avait été ingénieur.

Gérard n’était pas un intellectuel arrêté. Il avançait en silence.Je me souviens d’une conférence de presse dans une chambre de l’hôtel Bersolys rue de Lille, en 1970. Gérard était assis par terre et écoutait un des prophètes de l’écologie américaine David Brower, qui venait de quitter la direction du Sierra Club et de fonder Friends of the Earth à San Francisco. Il débarquait à Paris pour saluer la création des Amis de la Terre. Il égrainait ces constats qui sont devenus des banalités et que Paul et Anne Erhlich venaient d’énoncer : l’épuisement des ressources, la prolifération humaine, l’empoisonnement des milieux de vie, l’emballement des technologies. Il reprenait la formule de Buckminster Fuller du Vaisseau Spatial Terre…

Gérard se taisait. Il appartenait à un cercle de pensée marxiste, parisien où aucun de ces concepts n’était considéré, ni même soupçonné. Mai 68 avait laissé d’autres échos.

Lui il réfléchissait.

Dans les années qui suivirent, dans le Nouvel Observateur et dans le Sauvage, il développa des idées scandaleuses, extrémistes, « écologiques »pour les tenants de l’orthodoxie de la croissance, qu’ils soient de gauche ou de droite.
Il les théorisa ensuite dans des livres fondateurs dont « Ecologie et politique ».

Jamais il ne se laissa intimider par les aparatchiks de l’extrême gauche qui considéraient l’écologie comme réactionnaire, avant de se peindre à leur tour en vert pour entreprendre la reconquête d’un électorat qui leur échappait.

Pas plus qu’il ne se soucia des accusations d’être un ennemi du progrès par les tenants de l’establishment économique et financier.

Je me souviens de Gérard et de sa femme Dorine dans le bureau des éditions Galilée rue Linné, où elle travaillait, me lisant les dernières et ébouriffantes envolées d’Illich sur l’école, la santé, l’urbanisme…

La dernière injure faite à Gérard fut la construction d’une centrale nucléaire dans la région de Vosnon, où il avait décidé de se retirer avec Dorine.

Là s’est terminée avec grandeur, leur migration depuis le Rift.

Cohn-Bendit : mais pourquoi tant de haine ?

15 avril 2010, Laurent Samuel

Mais pourquoi tant de haine ? C’est la question que l’on pose en lisant Cohn-Bendit, l’Imposture (éditions Max Milo). Ce pamphlet enlevé est l’oeuvre de Paul Ariès, théoricien reconnu de la décroissance et directeur du journal Le Sarkophage, et Florence Leray, philosophe et journaliste spécialisée en environnement. Les auteurs partent en guerre contre Daniel Cohn-Bendit, coupable à leurs yeux de complaisance envers le capitalisme, l’Europe (dans sa conception habituelle) et le « développement durable ». Et, pire sans doute encore, de fréquenter la Coupole, que nos deux pamphlétaires prennent à tort pour un établissement de luxe. !

Par ailleurs, ce livre passe sous silence l’ancienneté de l’engagement écologiste de Daniel Cohn-Bendit, qui avait été interviewé par Charlotte Vinsonneau dans le Sauvage en 1978 (si ma mémoire est bonne), sous le titre (souvent repris par la suite) Dany le Vert. Mais l’erreur des auteurs est surtout de considérer « DCB » comme un penseur, alors qu’il est avant tout un empêcheur de tourner (et de penser) en rond, et un passeur d’idées. D’où ses contradictions et ses vérités successives, que Paul Ariès et Florence Leray, persuadés d’incarner la « ligne juste », prennent un malin plaisir à décortiquer. Au-delà du « cas » Cohn-Bendit, ce livre est symptomatique d’une certaine dérive de la pensée écologiste qui dénonce tout écart par rapport à la doctrine comme une trahison et un ralliement à l’« ennemi ». Bref, une conception intolérante de l’écologie, dont je me sens personnellement très éloigné.

Suppression de la taxe carbone

12 avril 2010, Ghislain Nicaise

Jean-Marc Jancovici a publié sur le site du journal Les Echos un article à ne pas manquer

L’article est concis, clair, pédagogique comme pratiquement tout ce que publie l’auteur. Inutile de le résumer, il faut tout lire, c’est vite lu, ça frappe. Comme souvent lorsque je lis un article de ce consultant froid et brillant, je voudrais l’avoir écrit. Vous ne perdrez jamais votre temps en consultant son site.

JMJ n’a qu’un défaut il est pro-nucléaire. Ce peut être aussi un avantage car cela lui donne une audience auprès d’élites techniciennes qui ne voient les écologistes que comme des doux rêveurs ou des rouges à peine camouflés sous leur écorce verte. Il suffit de voir à ce sujet les commentaires de l’article cité ci-dessus.

Ghislain Nicaise