Archive pour la catégorie ‘Nous avons lu’

Comment Jésus est devenu Dieu

4 mai 2011,

Par Alain HERVE

Frédéric Lenoir Fayard éditeur, 19€

Voilà un livre pour se rafraîchir les vieilles méninges du temps du catéchisme et de la communion solennelle, pour ceux qui sont passés par là. Comment s’est imposée au cours des siècles l’idée que cet homme, ce prophète, est le fils de Dieu descendu sur Terre.

Formidable entreprise théologique que Lenoir nous fait revivre depuis les témoignages des apôtres, des évangélistes… jusqu’aux querelles d’écoles, d’églises, de philosophes…

Formidable jeu de mots au fil des siècles, entre ceux qui se prévalent de leur pouvoir politique, de leur capacité intellectuelle, pour démêler ce qui appartient à Dieu et ce qui appartient à l’homme et dans quel ordre et dans quelle proportion.

L’homme Jésus né à Bethléem ou à Nazareth, né d’une vierge, né en moins trois avant JC. devient Dieu au fil de ses manifestations miraculeuses et de ses déclarations.

L’Eglise qui se constitue avalise et précise ce cheminement. D’une orthodoxie et d’un schisme à l’autre se précise cette identité complexe d’un seul Dieu en trois personnes. La Trinité du père, du fils et du Saint Esprit telle qu’elle nous est proposée aujourd’hui par l’Eglise chrétienne.

L’analyse de Lenoir est presque lumineuse au milieu de ce fatras. Mais ce qu’il ne fait jamais apparaître c’est le fait que cette religion privilégie d’abord l’Homme. Intronise l’Homme au rang d’un Dieu. Cette promotion se faisant au détriment de toutes les autres formes de vie. (suite…)

Michka De la Main gauche, une femme dans l’herbe

29 avril 2011,

De la Main gauche, une femme dans l’herbe,  Michka

MAMA éditions, 2011

Par Coline

Un samedi matin, moment béni pour lire encore presque allongée, j’ai ouvert « De la main gauche », journal 2, de mon amie Michka. Michka est une magicienne des herbes, algues, mousses ou lianes, de toutes les plantes qui embellissent les jours ; elle écrit sur les jardins, l’herbe, la spiruline, l’ayahuasca, et édite des livres où parlent des chamanes, de beaux livres verts et rouges comme une jungle aux couleurs profondes. C’est aussi une personne qui exhale sa vie en vapeurs hautement bénéfiques pour ses lecteurs.

Ainsi de ce journal : fruit d’une réflexion grave sur la maladie et certains moments de sa vie intense, il est léger et bénéfique comme une fumée en volutes. Au terme de deux heures ininterrompues de lecture, flottante au-dessus de moi-même, je me suis rendormie quelques minutes afin de garder tout cela en moi. Et puis en tournant la dernière page, j’ai eu l’impression d’avoir fumé quelque chose de très bon – alors que je ne fume pas. Et je me suis sentie mieux que rarement durant les jours qui ont suivi, en plénitude devant la vérité de ces pages, totalement guérie pour un temps par l’incroyable force et sagesse de ces lignes. Michka sait quelque chose par-dessus tout : elle sait bien être et elle suscite le bien-être de ceux qui la vivent et de ceux qui la lisent.

Ce livre est avant tout l’histoire d’un chemin vers la guérison, d’une volonté de guérison pour un mal qui atteint sa main gauche, par la seule force de l’esprit. Et on y croit avec elle, car cette femme a mené sa vie à sa guise repoussant toujours les limites du possible. C’est le journal de la femme la plus incarnée que je connaisse, qui est pleinement qui elle est et dit tout, absolument tout en toute transparence, qui sait dépasser la peur et nous entraîne à le faire. Le récit de sa vie, de ses choix, de ses engagements est d’une telle puissance de vérité et d’amour universel qu’il est un baume au cœur du lecteur. Elle guérit son corps, elle soigne notre âme. Lisez. Pour ce livre guérisseur, pour cet onguent spirituel, pour cette humanité élevée au rang d’œuvre d’art, merci à mon amie.

Coline

Citations à l’ordre de la paresse

28 avril 2011,

Reprint Le Sauvage n° 15, juillet 1974, qui nous semble utile aujourd’hui en 2011 pour argumenter le débat sur la nouvelle économie et la nouvelle société.

« La nature n’a fait ni cordonnier, ni forgeron ; de pareilles occupations dégradent les gens qui les exercent, vils mercenaires, misérables sans nom qui sont exclus, par leur état même, des droits politiques. Quant aux marchands accoutumés à mentir et à tromper, on ne les souffrira dans la cité que comme un mal nécessaire. Le citoyen qui se sera avili par le commerce de boutique sera poursuivi pour ce délit. »

Platon (République)

« Les gens qui se livrent aux travaux manuels ne sont jamais élevés aux charges et on a bien raison. La plupart, condamnés à être assis tout le jour, quelques-uns même à éprouver un feu continuel, ne peuvent (suite…)

Excursions à travers les milieux des animaux et des hommes, Jakob von Uexküll

27 avril 2011,

Par Hadrien Gens

La retraduction l’année dernière chez Rivages de Milieu animal et milieu humain (14€) du  biologiste Jakob von Uexküll paru en 1934, devrait permettre de faire (re)découvrir la pensée méconnue de cet auteur majeur. Dans ce livre, Uexküll nous ouvre les portes des mondes de nombreux animaux comme l’abeille, le chien, l’anémone de mer, l’oursin, l’escargot ou la poule, mais également de nos propres mondes humains, celui de l’enfant, du convalescent, du forestier, etc. La thèse fondamentale de Milieu animal et milieu humain est que l’animal n’est pas une machine mais un machiniste ; c’est un sujet qui s’ajuste à son milieu mais qui ne le subit pas. Par là, le biologiste retrouve notamment l’idée selon laquelle le temps et (suite…)

Vies de Job, Pierre Assouline

15 avril 2011,



par Alain HERVE

On se souvient du son de sa voix dans l’émission matinale de France Culture pendant des années. Il a donné un ton que ses successeurs perpétuent.
Mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit. Plutôt du dernier livre de cet éclectique biographe ( Dassaut, Hergé, Cartier Bresson, le Lutétia…) intitulé « Vies de Job ». Il s’agit d’un panoramique philosophique, autobiographique. Après de longs détours, Assouline aborde à 58 ans son hard core. Voilà le récit d’une longue souffrance résultant de la mort de son frère aîné et de son père, de son retour à la pratique religieuse de sa foi juive. La lecture de ce livre fleuve soumet à son lent courant, mais j’ai plongé ici et là dans de passionnantes digressions. Je le reprends tous les soirs pour y pêcher de nouvelles réflexions.

Cinq cents pages à la recherche de Job dans tous ses états. Job le souffrant, Assouline l’a choisi car il représente un inépuisable (suite…)

Fabrice Nicolino et la mort (supposée) de l’écologie

14 avril 2011,

par Laurent Samuel

Dans un livre provocateur titré « Qui a tué l’écologie ? » (éditions Les Liens qui Libèrent), Fabrice Nicolino affirme que les dérives de certaines grandes associations écologistes mettent en péril l’intégrité du mouvement écologiste dans son ensemble. Pour justifier ce sombre diagnostic, ce journaliste engagé de longue date pour l’écologie, s’appuie sur l’échec du Grenelle de l’environnement. De fait, la taxe carbone, qui en était le fer de lance, a été enterrée, ou, du moins, renvoyée à un hypothétique accord européen. Cet échec, Fabrice Nicolino l’attribue à deux causes. (suite…)

Carnets d’Asie

11 mars 2011,

par Gabrielle Wittkop éditions Verticles 23€

Cette germano française est l’auteur d’un chef d’oeuvre intitulé “Sublime assasinat “, publié en 2001.

Si vous ne l’avez pas lu précipitez vous . C’est une des meilleures évocations de la Venise décadente. Oubliée ou négligée par Sollers dans son “Dictionnaire amoureux de Venise”. Mais il a aussi oublié Baffo. Bref.

Les “Carnets d’Asie” de Wittkop sont un journal de voyage dans les années 80 à travers Sumatra,  Java, Bornéo… On y retrouve son regard impitoyable devant les sociétés humaines et les individus. Il s’agit en l’occurrence de l’engloutissement des cultures traditionnelles dans la boue des pratiques contemporaines. Mais elle ajoute :” rien ne sépare le réel du merveilleux…”

On voyage sur les traces de Conrad et Maugham. On rencontre des varans, des crocodiles et des éléphants, des buffles, des chauve souris, des araignées, des réducteurs de tête à la retraite et le souvenir du Rajah blanc… Cette végétarienne impitoyable salue l’homme néolithique lui carnivore certain , sans rancoeur. La visite des cavernes de Niah à Bornéo est émouvante, éprouvante, épatante.Ce n’est qu’un moment de cette longue divagation.

Sans doute si Wittkop avait vécu elle aurait élagué ce texte, n’aurait pas conservé des développements inutiles. Mais ce qui importe c’est l’acuité d’un regard désespéré. A lire.

Alain HERVE

Harmonie

27 février 2011,

Une nouvelle façon de regarder le monde

par le Prince de Galles

23€90

On se prend à regretter que Charles prince de Galles ne postule pas aux primaires des Verts pour être candidat à la Présidence   de la République Française. Eva Joly devrait le lire d’urgence. Car lui, c’est un écologiste à cœur. Certes avec pochette de soie, chaussures à glands et Barbour. Mais aussi avec des centaines d’hectares en agriculture biologique. Et aussi une réflexion en profondeur sur les rapports de l’humanité avec la nature tout au long de son histoire.

Première phrase du livre : « Ce livre est un appel à une révolution… » Il analyse longuement l’histoire de la déconnexion de l’homme avec la nature avant de plaider pour … « une vision plus douce, plus holistique de la science et de la technologie… » Le livre est co-écrit avec Tony Juniper et Ian Skelly.

Les sujets de prédilection de Charles sont l’agriculture, l’urbanisme, le changement climatique, la disparition des forêts primaires.

Il ne dissimule pas sa préférence pour les approches traditionnelles qui doivent être sauvées. Il les a mises en pratique dans ses expériences architecturales à Poundbury dans le Dorset, en particulier. Ville conçue pour le piéton et non pas pour l’automobile. Ville témoin qui anticipe le mouvement des villes en transition.

Charles le mal aimé mérite notre estime. Sa démarche est cohérente, exemplaire. « Harmonie » la détaille au long de ses 325 pages abondamment illustrées. Le style n’est ni pittoresque, ni attrayant mais très clair. Ce n’est pas de l’Edgar Morin. On regrette d’ailleurs que l’éditeur Odile Jacob ait escamoté le nom du traducteur. Lisez Charles qui lit Shakespeare et le cite : « Trouve des voix dans les arbres, des livres dans les ruisseaux qui coulent , des sermons dans les pierres et du bien en toute chose. »

Alain HERVE

Comment écologiser nos villes ?

18 février 2011,

Dans les années 70, le Sauvage avait consacré plusieurs dossiers à la ville écologique,  et même un numéro spécial à l’occasion des élections municipales de 1977 : Le pari des écologistes pour Paris. Un thème qui n’avait rien d’évident à une époque où le retour à la terre était à la mode et où les communautés rurales fleurissaient. L’auteur de ces lignes fut ainsi vilipendé par une poignée d’intégristes écolos pour avoir défendu, dans les colonnes de la Gueule Ouverte (l’autre grand titre écologiste de l’époque), l’idée que l’on pouvait « écologiser » la ville.

Trente ans plus tard, les écobilans montrent qu’un citadin usager des transports publics pèse moins sur la planète que l’habitant des campagnes contraint de se déplacer avec son automobile. Au point que le plaidoyer (que je partage au demeurant) de Maryse Lapergue en défense de la campagne, récemment mis en ligne sur le site du Sauvage, semble à contre-courant. ( Voir en rubrique Natura rerum)

Reste une grande question : comment vivre en ville tout en agissant pour l’écologie ? Carine Mayo, collaboratrice de longue date de magazines comme Ca m’intéresse ou Femme Actuelle, et présidente de l’Association des journalistes et écrivains pour la nature et l’écologie (JNE), répond de façon claire et circonstanciée dans son livre Ecocitadins, paru aux Editions  Terre Vivante. Recyclage des déchets, économies d’énergie, énergies renouvelables… : rien n’échappe à sa vigilance. A chaque niveau (immeuble, quartier, école, entreprise…), Carine Mayo nous donne des conseils précis, appuyés sur des exemples concrets comme l’installation de panneaux solaires à Echirolles, la création d’un compost collectif dans un immeuble parisien, la mise en place d’un « pédibus » pour les enfants d’une école à Toulouse ou le lancement d’une AMAP à Aix-Marseille.
Ce livre nous montre ainsi l’importance et la variété des expériences positives pour l’environnement menées partout en France. Une lecture qui ragaillardit…

Laurent Samuel