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Les trois racines de l’écologisme

14 juin 2010, Ghislain Nicaise

Paru sous le titre Ecologie et fascisme dans le n°12 (nov. 1991) du Sauvage nouvelle série.
Revu en Juin 2010 (1).

En février 1975, j’ai eu la chance d’assister pendant un week-end à Londres à une réunion internationale de Friends of the Earth, où se rencontraient pour la première fois des écologistes de plusieurs villes de France (2) , d’Angleterre, d’Irlande, des USA, d’Australie, de Nouvelle-Zélande, de Suède, d’Allemagne et probablement de quelques autres pays que j’ai oubliés. J’ai gardé de cette rencontre une très forte impression, qui m’a beaucoup fait réfléchir par la suite : tous ces gens avaient la même vision du monde, partageaient les mêmes valeurs alors qu’ils n’avaient pratiquement aucune référence écrite commune. Certains avaient lu Illich, d’autres simplement Rachel Carson (Le printemps silencieux) ou le rapport du Club de Rome, ouvrages fort divers et n’offrant chacun qu’une vue partielle de la planète. Ces nouveaux croisés n’avaient pas de bible et pourtant étaient porteurs d’un même projet. Je me suis dit que leur (notre) accord devait reposer sur quelques principes, probablement peu nombreux,  pour que le consensus soit si fort. Dans le train qui me ramenait à Lyon, j’en ai trouvé trois et j’en suis resté là depuis.
[1] La première constatation, celle qui a déclenché le mouvement écologiste dans les années 70, c’est que nos ressources sont finies et que nous nous comportons comme si elles étaient illimitées. La croissance de notre population, le développement aveugle de notre économie se heurtent ou vont se heurter bientôt à l’épuisement des ressources naturelles (forêts, sols cultivables, pétrole, minerais, eau, air…)
[2] La deuxième c’est que la nature est belle, et aussi efficace, et stable par sa complexité et que l’action de notre espèce sur cet environnement naturel est largement négative. Nous détruisons de plus en plus d’espèces, nous simplifions ou empoisonnons les écosystèmes et fabriquons des déserts.
[3] La troisième c’est qu’alors que l’influence de notre espèce sur la planète n’a jamais été aussi grande, le contrôle de chaque individu sur son environnement, naturel ou social, n’a jamais été aussi dérisoire. Notre civilisation urbaine et industrielle développe des outils qui ne sont pas conviviaux. La concentration et le gigantisme rendent les outils complexes, leur gestion exige des spécialistes (les technocrates !).
Le but de cette classification n’est pas de décerner un brevet de bon-ne écologiste (si vous avez rempli les trois conditions, vous avez réussi le test…) mais de fournir une grille explicative, qui reste un fil conducteur pour comprendre l’écologisme.
Le point [1] est le plus spectaculaire, c’est lui qui donne une teinture messianique aux propos d’un homme comme Yves Cochet. La croissance démographique, largement incontrôlable, et la croissance industrielle qui l’est à peine davantage, vont se heurter à des limites physiques. En ce sens le discours écologiste a une ambition scientifique, il est prédictif. Cela rappelle le marxisme et il est possible que, comme les prédictions du marxisme, cette prophétie d’une crise écologique soit porteuse de sa propre négation. On peut espérer qu’à force d’entendre la sonnette d’alarme, les responsables réagissent à temps pour limiter les dégats, comme les patrons des pays les plus industrialisés ont su augmenter les salaires des ouvriers et éviter la révolution. Même s’ils le veulent, il n’est pas certain cependant que nos technocrates puissent éviter la crise écologique ; un des enseignements fascinants de la géophysiologie est que notre planète a déjà connu des crises majeures, qui marquent souvent la limite entre deux ères géologiques. Au cours des 650 derniers millions d’années, il y a déjà eu 7 périodes d’extinction des espèces vivantes et nous sommes en plein dans la dernière en date, celle de l’ère quaternaire, qui a commencé avant l’hégémonie de l’espèce humaine, mais qui s’est considérablement accélérée depuis. Quoiqu’il en soit, le message sur la crise a déjà été entendu des responsables politiques français, en proportion des résultats électoraux des écologistes. La plupart minimisent l’urgence des mesures à prendre, dont la plupart sont impopulaires, voire impossibles à mettre en oeuvre dans un système démocratique. Il est normal que les écologistes qui ont choisi de participer dès maintenant au pouvoir politique, s’opposent clairement aux déclarations catastrophistes. Ceux qui veulent gagner les faveurs de l’électorat, comme les Verts, restent modérés sur ce thème : personne n’a encore inventé un système politique capable de préparer par des sacrifices les échéances de la génération suivante. D’autres écologistes ou écologues comme René Dumont, François Ramade ou Teddy Goldsmith n’ont pas eu les mêmes contraintes.
Le point [2] est celui qui permet le plus de nuances dans la sensibilité écologiste. Le naturisme (au sens large) est un choix culturel et esthétique qui n’est pas évident et qui peut être très divers, pas contradictoire avec un certain humanisme. Il y a tout un gradient entre les misanthropes qui verraient assez bien une planète Terre dans l’état où elle était il y a 10 000 ans, et les militant-es d’extrême gauche qui se veulent écologistes et qui prennent un air gêné dès que l’on parle de surpopulation. J’ai l’impression de me trouver au juste milieu en cultivant mon jardin pour lui faire produire des fleurs et des fruits sans fertilisants de synthèse ni insecticides : le jardin réellement sauvage de mon voisin est là pour me rappeler ce que peut faire la nature quand on arrête de lutter contre elle et je sais que mon bien-être actuel est en partie dû à ces champs de tournesol implacablement désherbés qui bordent l’autoroute. Certain-es préfèrent les forêts, d’autres les jardins, des pionniers ont réalisé des jardins-forêts (3), d’autres n’aiment ni les forêts ni le jardinage. Il a fallu que j’aie des enfants pour réaliser que des gens normaux et aimables pouvaient se sentir bien dans un parking en 4e sous-sol.  Les écologistes brandissent l’argument de la survie de l’espèce humaine, mais au fond d’eux mêmes ils souhaitent conserver la nature en l’état, elle est pour eux une source de joie et de plaisirs inégalable.
La convivialité au sens d’Illich est le point [3] de notre trilogie, la racine qui attache l’écologisme au vieux fond libertaire. Ici les écologistes ne sont pas automatiquement contre le changement : ils souhaitent choisir parmi les progrès et les consommations possibles. Plutôt un petit ordinateur personnel que le terminal d’un gros ordinateur central, plutôt la télécommunication que le transport, plutôt la photopile que la centrale nucléaire. Plutôt le pouvoir à l’individu, aux communes, voire aux régions, qu’à l’Etat-nation. Les écolos fachos annoncés par Luc Ferry ou d’autres mais que l’on ne voit pas vraiment venir seraient ceux à qui il manque cette vocation anti-autoritaire. De fait, l’autogestion politique locale n’est pas sans dangers ni équivoques : elle est particulièrement vulnérable à la corruption. Pour éviter les passe-droits locaux, la tentation permanente du protecteur de la nature est le recours à l’Etat. Si les écologistes politiques venaient à prendre (démocratiquement) la direction d’un état comme la France, reprendraient-ils la décentralisation administrative, plutôt mise à mal récemment ?
J’ai tendance à penser que la convivialité de l’outil est une notion forte et durable et qu’elle reviendra sur le devant de la scène.

Ghislain NICAISE

1 – Après d’autres, je réserverai les termes d’écologie et écologues à la science, ceux d’écologisme et d’écologistes à la politique.
2 – Les Amis de la Terre France avaient été créés à Paris en 1972 mais les groupes locaux ne se sont organisés en réseau national qu’en 1977.
3 – Robert Hart, Forest gardening. Cultivating an edible landscape, Chelsea Green Publ. Co, White River Junction, Vermont, 1996.
- Ghislain Depinaud, Aventures en permaculture 8 : Le jardin-forêt, La Gazette des Jardins n°90, 2010
- http://online-rsr.xobix.ch/fr/rsr.html?siteSect=10004&sid=9655860&cKey=1220597736000
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Version en marxien
Les trois contradictions principales qui fondent la doctrine écologiste

Lorsque je suis arrivé à la conclusion en 1975 que les fondements de l’écologisme étaient peu nombreux puisqu’au nombre de trois, j’ai eu envie de communiquer cette réflexion et à l’époque, le discours marxiste était dominant parmi les intellectuels. On ne disait pas intellectuels de gauche car c’était sous-entendu ; même les gens de droite ne se définissaient pas ainsi, comme s’ils avaient honte de se dire de droite. Il était donc utile de communiquer avec le langage le plus signifiant possible, que l’on peut appeler malicieusement marxien. En marxien les trois racines de l’écologisme devenaient trois contradictions principales :

- [1] Il y a contradiction entre le caractère fini des ressources naturelles et leur consommation infinie du fait de la croissance humaine (économique et démographique)

- [2] Il y a contradiction entre la nécessaire complexité des écosystèmes et la simplification systématique du milieu naturel introduite par l’espèce humaine.

- [3] il y a contradiction entre la maîtrise toujours accrue de l’environnement par l’espèce humaine et la réduction de la capacité des individus à maîtriser leur environnement.

Ce qui était important dans cette communication était 1) son caractère prédictif, ce qui rejoignait la démarche marxiste qui se voulait une science de l’histoire,  2) une critique du « développement des forces productives » et de la notion même de progrès historique et 3) la mise au second plan de la notion de lutte des classes, la classe dominante étant elle-même concernée (même un riche a relativement peu de contrôle sur son environnement et est très peu résilient, comparé à un chasseur-cueilleur ou un petit paysan pauvre).
Les points 2) et 3) s’opposent bien entendu à la vision marxiste classique.

Le sol, la terre et les champs

23 mai 2010, Ghislain Nicaise

Il est paru fin 2009, sans promotion médiatique, un livre qui pour moi est l’un des plus importants qu’il m’ait été donné de lire dans la catégorie  »non-fiction ».

Certain-e-s auteur-e-s publient un essai par an, je ne citerai personne pour ménager les susceptibilités. Quand ils sont bons, on y trouve une ou deux idées auxquelles on n’avait jamais pensé. D’autres rassemblent toute la réflexion et l’expérience d’une vie dans un livre, offrant ainsi une mine, à exploiter par petits bouts, à reprendre pour être sûr de n’avoir rien raté. Le livre de Claude et Lydia Bourguignon ferait partie de cette deuxième catégorie à part qu’au lieu d’une vie, on en a deux pour le même prix.

Parce que l’utilisation inconsidérée du pétrole a habitué la plupart d’entre nous à vivre en citadins, nous avons tendance à oublier que pratiquement tout ce que nous mangeons est produit par des agriculteurs. Notre survie dépend des sols et nous les détruisons allègrement.

Pour que vos enfants…

Dès le début du livre, on est interpellé :  »La vie se développe dans trois milieux : l’air, l’eau et le sol. Contrairement aux deux premiers milieux qui sont purement minéraux, le sol se caractérise par le fait qu’il est organo-minéral. Cette caractéristique lui confère deux propriétés : la première est que le sol n’existe que sur la planète Terre car il faut de la matière organique, donc de la vie, pour faire un sol. Beaucoup de planètes qui nous entourent ont une atmosphère ou de l’eau mais aucune ne possède un sol. Les anciens ont donc eu raison d’appeler notre planète la Terre car elle est la seule à posséder un sol∑notre planète est recouverte à 70 % de mer, les anciens auraient donc pu l’appeler Océan. L’atmosphère fait 70 km d’épaisseur, les sols font moins d’un mètre en moyenne, ils auraient donc pu appeler notre planète Air. Et pourtant ils lui ont donné le nom du milieu le plus rare, mais le plus important, car c’est du sol que sort la vie. »

Ce livre explique dans un texte d’une remarquable clarté à peu près tout ce que vous devriez savoir sur ce qu’il faut faire pour que vos petits enfants aient encore à manger. Cela implique entre autres la plus grande révolution de civilisation depuis le néolithique, l’abandon du labour. L’agriculture de demain sera en rupture avec celle qui est pratiquée dans nos pays industrialisés ou ne sera pas. Il ne s’agit pas d’un simple retour au passé bien que certaines pratiques anciennes comme l’intégration de l’élevage ou l’utilisation des légumineuses pour enrichir le sol en azote restent nécessaires.

On trouve dans ce livre des pépites : une interprétation de l’extinction des dinosaures dont je n’avais jamais entendu parler, ou encore l’explication de la réalité du « terroir », une vision de l’humanité du futur réduite à se nourrir d’insectes, comment l’agriculture industrielle moderne a généralisé l’utilisation de plantes malades, pourquoi l’attaque de roches très diverses par les plantes donne toujours de l’argile, pourquoi le verbe « marner » évoque un dur travail. Je vous laisse le soin d’en découvrir d’autres.

Ce livre ne s’adresse pas qu’aux paysans, jardiniers ou amateurs de bonne bouffe, il nous concerne tous. Vous n’en regretterez pas l’acquisition.

Ghislain Nicaise

Le sol, la terre et les champs. Pour retrouver une agriculture saine. Claude et Lydia Bourguignon 2009. ed. Sang de la Terre (http://www.sangdelaterre.fr/)

Elizabeth Badinter et la maternité

25 avril 2010, Ghislain Nicaise

La sortie en février 2010 du livre d’Elisabeth Badinter « Le conflit, la femme et la mère » a suscité de nombreuses réactions, en particulier de femmes de la mouvance écologiste, hostiles à la vision de l’auteure.
Cet essai suggère que le modèle actuel de la maternité, influencé en particulier par une « offensive du naturalisme » serait un obstacle à l’égalité homme-femme. La réaction des « naturalistes » a été rapide et à mon avis très pertinente, une recherche rapide sur internet avec les mots clefs « vertes de rage » permet d’en juger.
Il apparait qu’E. Badinter ne s’est pas posé la question de savoir pourquoi les mouvements écologistes semblaient permettre une meilleure émergence de cadres femmes et elle dénonce sans plus d’hésitation ces femmes comme des obstacles à la cause du féminisme.
Qu’il soit permis à un homme, féministe par son éducation et par choix assumé, d’apporter son grain de sel dans cette controverse.

Le drame des couches culottes

Une partie du débat porte sur les couches culottes jetables. Elisabeth Badinter en veut aux écologistes de critiquer cet accessoire d’une maternité moderne. Ayant eu le privilège de prendre ma part aux changes de deux enfants, je m’autorise une incursion technique sur ce sujet. Il peut être utile de rappeler que les couches jetables d’aujourd’hui sont généralement formées d’une partie externe imperméable en plastique doublée d’une partie interne absorbante. Lorsque la couche a rempli son office, ou pour le formuler autrement lorsque le bébé a rempli sa couche, on enlève la couche saturée et on replie le tout en un paquet, fermé par les parties adhésives qui maintenaient la taille. Le déchet ainsi produit est déplorable, difficilement recyclable et, si l’on en est resté aux incinérateurs, mauvais combustible. Lorsque notre ainée était bébé, à la fin des années 1960, les couches jetables composées d’une partie absorbante étroitement solidaire d’une enveloppe plastique n’étaient pas encore sur le marché. Les couches en tissu, lavables, qui à cette époque étaient la solution habituelle, ne me semblent pas une solution écologique satisfaisante, trop dispendieuses en eau et en main d’oeuvre. La manipulation est en outre désagréable. Sept ans après, à la naissance de notre cadet, nous avons pu tester une plus grande variété de systèmes. Celui qui me semble devoir être retenu est l’association entre une partie absorbante cellulosique et une enveloppe imperméable indépendante. La partie absorbante souillée, biodégradable, se composte remarquablement vite et donne un compost inodore d’excellente qualité, et la partie imperméable se rince et sèche facilement. Je me souviens avoir récupéré dans le compost mûr de fines enveloppes en mailles synthétiques non biodégradables qui dans certaines marques avaient enveloppé la partie absorbante. Ce tri ultime n’était pas contraignant. Cette histoire de couches me semble exemplaire des solutions techniques que peuvent choisir les écologistes qui sont rarement le retour au passé, comme l’a dit récemment en substance Cécile Duflot « nous ne somme pas pour le retour à la lampe à huile, cette solution est trop polluante ».

Elisabeth Badinter s’en prend aussi à l’allaitement, alors que le taux d’allaitement à la naissance est en France de 50 % et que les pays scandinaves en sont à plus de 90 %. En Europe seule l’Irlande a un taux plus bas que la France. Il peut être utile de rappeler qu’en Suède il y a 46 % de femmes au parlement contre 10 % en France. La corrélation entre allaitement et parité ne semble pas aller dans le sens des thèses d’Elizabeth Badinter.

Le rejet par Elisabeth Badinter de toute notion d’instinct de reproduction est respectable philosophiquement, mais ne me semble pas réaliste. Elle constate que de nombreuses femmes n’ont aucune envie d’enfant et elle en déduit qu’il n’y a donc pas d’instinct. Cette thèse a fait l’objet d’une controverse intéressante entre Elizabeth Badinter et une anthopologue membre de l’Académie des Sciences américaine, Sarah Blaffer Hrdy.
La partie de la population qui se reproduit ne le ferait-elle que par conformisme social ou culturel ? Pour avoir eu moi-même, particulièrement pendant toute ma jeunesse, envie d’enfants, j’ai peine à croire que cette envie m’ait été inculquée par mon éducation. On peut se risquer à affirmer que les personnes qui ont envie d’enfants laissent plus de descendance que les personnes qui n’en ont pas envie : cela ne relèverait-il que de la culture et pas un peu de la biologie ? On touche là au vieux débat de l’inné et de l’acquis. L’hypertrophie du cerveau humain a sans doute perturbé bien des fonctions biologiques mais cela ne signifie pas pour autant qu’elles aient disparu.

Le « plafond de verre » qui empêche les femmes d’occuper des positions dominantes dans notre société résulte peut-être en partie de la maternité mais certainement aussi d’autres facteurs, qu’ils soient innés, acquis ou un peu des deux comme souvent dans notre espèce. En tant qu’universitaire j’ai à plusieurs reprises participé à des concours de recrutement qui opposaient un homme et une femme, émergeant au dessus du lot des candidat-e-s. J’ai en mémoire deux cas où la femme l’a emporté alors que dans ces deux cas (selon mon jugement) l’homme était un meilleur chercheur et même potentiellement meilleur enseignant mais manquait de confiance en soi. La femme par contre était dans les deux cas une battante, plus extravertie, avec une agressivité joyeuse qui a emporté l’adhésion du jury dont je peux dire sans risquer de le calomnier qu’il n’était pas composé principalement de féministes. A noter que ces deux femmes sont mères de famille. Ces cas remarquables sont confortés pour moi par les cas plus fréquents où un homme médiocre mais content de lui l’emportait sur des concurrents, hommes ou femmes, plus capables mais plus modestes. Je vous laisse le soin de décider si ces concours de recrutements d’universitaires sont ou non à l’image de ce qui se passe ailleurs.

Ghislain Nicaise

Suppression de la taxe carbone

12 avril 2010, Ghislain Nicaise

Jean-Marc Jancovici a publié sur le site du journal Les Echos un article à ne pas manquer

L’article est concis, clair, pédagogique comme pratiquement tout ce que publie l’auteur. Inutile de le résumer, il faut tout lire, c’est vite lu, ça frappe. Comme souvent lorsque je lis un article de ce consultant froid et brillant, je voudrais l’avoir écrit. Vous ne perdrez jamais votre temps en consultant son site.

JMJ n’a qu’un défaut il est pro-nucléaire. Ce peut être aussi un avantage car cela lui donne une audience auprès d’élites techniciennes qui ne voient les écologistes que comme des doux rêveurs ou des rouges à peine camouflés sous leur écorce verte. Il suffit de voir à ce sujet les commentaires de l’article cité ci-dessus.

Ghislain Nicaise

Les trois racines de l’écologisme

26 mars 2010, Ghislain Nicaise

paru sous le titre Ecologie et fascisme dans le n°12 (nov. 1991) du Sauvage nouvelle série.

En février 1975, j’ai eu la chance d’assister pendant un week-end à Londres à une réunion internationale de Friends of the Earth, où se rencontraient pour la première fois des écologistes de plusieurs villes de France (il n’y avait pas encore d’organisation nationale des Amis de la Terre dans notre pays), d’Angleterre, d’Irlande, des USA, d’Australie, de Nouvelle-Zélande, de Suède, d’Allemagne et probablement de quelques autres pays que j’ai oubliés. J’ai gardé de cette rencontre une très forte impression, qui m’a beaucoup fait réfléchir par la suite : tous ces gens avaient la même vision du monde, partageaient les mêmes valeurs alors qu’ils n’avaient pratiquement aucune référence écrite commune. Certains avaient lu Illich, d’autres simplement Rachel Carson (Le printemps silencieux) ou le rapport du Club de Rome, ouvrages fort divers et n’offrant chacun qu’une vue partielle de la planète. Ces nouveaux croisés n’avaient pas de bible et pourtant étaient porteurs d’un même projet. Je me suis dit que leur (notre) accord devait reposer sur quelques principes, probablement peu nombreux, pour que le consensus soit si fort. Dans le train qui me ramenait à Lyon, j’en ai trouvé trois et j’en suis resté là depuis.

[1] La première constatation, celle qui a déclenché le mouvement écologiste dans les années 70, c’est que nos ressources sont finies et que nous nous comportons comme si elles étaient illimitées. La croissance de notre population, le développement aveugle de notre économie se heurtent ou vont se heurter bientôt à l’épuisement des ressources naturelles (forêts, sols cultivables, pétrole, minerais, eau, air…)

[2] La deuxième c’est que la nature est belle, et aussi efficace, et stable par sa complexité et que l’action de notre espèce sur cet environnement naturel est largement négative. Nous détruisons de plus en plus d’espèces, nous simplifions ou empoisonnons les écosystèmes et fabriquons des déserts. Le naturisme des écologistes s’oppose aux humanismes, qu’ils soient matérialistes ou spiritualistes.

[3] La troisième c’est qu’alors que l’influence de notre espèce sur la planète n’a jamais été aussi grande, le contrôle de chaque individu sur son environnement, naturel ou social, n’a jamais été aussi dérisoire. Notre civilisation urbaine et industrielle développe des outils qui ne sont pas conviviaux. La concentration et le gigantisme rendent les outils complexes, leur gestion exige des spécialistes (les technocrates !).

Le but de cette classification n’est pas de décerner un brevet de bon-ne écologiste (si vous avez rempli les trois conditions, vous avez réussi le test…) mais de fournir une grille explicative, qui reste un fil conducteur pour comprendre l’écologisme, même si je constate que le troisième point est un peu oublié (peut-être aussi le consensus s’est-il effrité en 20 ans !).

Le point [1] est le plus spectaculaire, c’est lui qui donne une teinture messianique aux propos d’un homme comme Teddy Goldsmith, et qui fait peur aux rédacteurs d’Actuel 2. La croissance démographique, largement incontrôlable, et la croissance industrielle qui l’est à peine davantage, vont se heurter à des limites physiques. En ce sens le discours écologiste a une ambition scientifique, il est prédictif. Cela rappelle fort justement le marxisme (le bolchevisme dirait Christophe Nick 3) et il est possible que, comme les prédictions du marxisme, cette prophétie d’une crise écologique soit porteuse de sa propre négation. On peut espérer qu’à force d’entendre la sonnette d’alarme, les responsables réagissent à temps pour limiter les dégats, comme les patrons des pays les plus industrialisés ont su augmenter les salaires des ouvriers et éviter la révolution. Même s’ils le veulent, il n’est pas certain cependant que nos technocrates puissent éviter la crise écologique ; un des enseignements fascinants de la géophysiologie 3 est que notre planète a déjà connu des crises majeures, qui marquent souvent la limite entre deux ères géologiques. Au cours des 650 derniers millions d’années, il y a déjà eu 17 périodes d’extinction massive des espèces vivantes et nous sommes en plein dans la dernière en date, celle de l’ère quaternaire, qui a commencé avant l’hégémonie de l’espèce humaine, mais qui s’est considérablement accélérée depuis 4. Quoiqu’il en soit, le message sur la crise a déjà été entendu des responsables politiques français, en proportion des résultats électoraux des écologistes. La plupart minimisent l’urgence des mesures à prendre, dont la plupart sont impopulaires, voire ingérables dans un système démocratique. Il est normal que les écologistes qui ont choisi de participer dès maintenant au pouvoir politique, comme Brice Lalonde, s’opposent clairement aux déclarations catastrophistes et que ceux qui veulent gagner les faveurs de l’électorat, comme les Verts, restent modérés sur ce thème : personne n’a encore inventé un système politique capable de préparer par des sacrifices les échéances de la génération suivante. D’autres écologistes ou écologues comme René Dumont, François Ramade ou Teddy Goldsmith n’ont pas les mêmes contraintes.

Le point [2] est celui qui permet le plus de nuances dans la sensibilité écologiste. Le naturisme (au sens large) est un choix culturel et esthétique qui n’est pas évident et qui peut être très divers, pas forcément contradictoire avec un certain humanisme. Comme l’ont rappelé nombre d’auteurs, et en particulier Jean-Paul Deléage 5 : »nous sommes de la nature et dans la nature ». Il y a tout un gradient entre les misanthropes qui verraient assez bien une planète Terre dans l’état où elle était il y a 10 000 ans, et les autogestionnaires « Rouges et Verts » qui prennent un air gêné dès que l’on parle de surpopulation. J’ai l’impression de me trouver au juste milieu en cultivant mon jardin pour lui faire produire des fleurs et des fruits sans fertilisants de synthèse ni insecticides : le jardin réellement sauvage de mon voisin est là pour me rappeler ce que peut faire la nature quand on arrête de lutter contre elle et je sais que mon bien-être est en partie dû à ces champs de tournesol implacablement désherbés qui bordent l’autoroute. Certains préfèrent les forêts, d’autres les jardins, d’autres n’aiment ni les uns ni les autres. Il a fallu que j’aie des enfants pour réaliser que des gens normaux et aimables pouvaient se sentir bien dans un parking en 4e sous-sol. Jusqu’à preuve du contraire, il est possible que des environnements entièrement artificiels, ne comportant que l’espèce humaine, soient parfaitement viables ; cela dépend en fait de la maîtrise des sources d’énergie, dont on peut raisonnablement penser qu’elle va encore s’améliorer. La défense de l’environnement naturel est réalisée par une alliance entre ceux qui ont réalisé que l’espèce humaine était pour le moment dépendante de cet environnement et les vrais conservateurs qui craignent que cet environnement ne soit remplacé par un autre. Les écologistes brandissent l’argument de la survie de l’espèce humaine, mais au fond d’eux mêmes ils souhaitent conserver la nature en l’état, elle est pour eux une source de joie et de plaisirs inégalable.

La convivialité au sens d’Illich est le point [3] de notre trilogie, la racine qui attache l’écologisme au vieux fond libertaire. Ici les écologistes ne sont pas nécessairement contre le changement : ils souhaitent choisir parmi les progrès et les consommations possibles. Plutôt un petit ordinateur personnel que le terminal d’un gros ordinateur central, plutôt la télécommunication que le transport, plutôt la photopile que la centrale nucléaire. Plutôt le pouvoir à l’individu, aux communes, à la rigueur aux régions, qu’à l’Etat. Les écolos fachos 2 sont ceux à qui il manque cette vocation anti-autoritaire, même si pour des raisons tactiques de conquête du pouvoir, ils peuvent privilégier l’échelon politique local. De fait, l’autogestion politique locale n’est pas sans dangers ni équivoques : elle est particulièrement vulnérable à la corruption comme on a pu le voir de façon caricaturale sur la Côte d’Azur depuis la Décentralisation administrative. Il est évident que la tentation permanente du protecteur de la nature est le recours à l’Etat, une contradiction qui n’échappe pas à un antiécologiste viscéral comme Gérard Bramouillé 6. Il est évident que les Verts, qui se sont tenu à l’écart du pouvoir d’Etat mais ont vocation pour y accéder un jour, ne sont pas clairs sur ce qu’ils feront de ce pouvoir le jour venu 7. Le problème de l’outil convivial industriel ou énergétique n’a pas été mieux traité par les écologistes depuis 20 ans que celui de l’outil politique : après une floraison d’éoliennes et de maisons autonomes dans les années 1970, il y a eu un reflux durable. Et pourtant le capteur que mon père a installé chez lui est amorti depuis longtemps et donne toute satisfaction et ça et là, des gens comme vous et moi vivent heureux dans leur maison solaire 8. J’ai tendance à penser que la convivialité de l’outil est une notion forte et durable et qu’elle réapparaitra : après tout, il n’y a pas si longtemps qu’on reparle de protection de l’environnement dans les media.

Il est sans doute trop tôt pour parler d’une évolution de l’écologisme mais la racines de l’identité écologiste que nous avons passé en revue vont peut-être changer. Elles sont d’ailleurs une source d’incohérence : il est souvent constaté que les écologistes n’ont pas réussi à élaborer un programme complet 9. Est-ce vraiment nécessaire ? L’intervention de l’écologisme dans le champ politique électoral a et continuera à avoir un impact certain sur notre culture. Faut-il que cette intervention se fasse sous l’égide d’un parti unique, détenteur de la ligne juste élaborée par la majorité des ses militants ? Les écologistes, qui se piquent de prendre leur inspiration dans l’écologie-science, y ont trouvé la leçon de la diversité et l’ont souvent appliquée à leur pratique, auront-ils assez d’humour pour continuer ?

Il leur (nous) reste à prouver que l’on peut être divers sans être inefficace : beau défi !

Ghislain NICAISE

1 – Après d’autres, je réserverai les termes d’écologie et écologues à la science, ceux d’écologisme et d’écologistes à la politique.

2 – C. Nick, Les écolos fachos, Actuel n°10, oct 1991
La vraie écologie vaut bien une bonne polémique, Actuel n°11, Nov. 1991

3 – voir les articles sur Gaïa, dans Le Sauvage nouvelle série n°1, dec 1990, et n° 11, oct 1991.

4 – F. Ramade, La conservation de la diversité spécifique, Le Courrier de la Nature n°130, 1991.

5 – J.P. Deléage, Histoire de l’écologie, une science de l’homme et de la nature. La Découverte, Paris 1991.

6 – G. Bramouillé, La peste verte, Les Belles Lettres, Paris 1991

7- A. Waechter, Dessine-moi une planète, Albin Michel 1990

8 – J. Fourcy, J’ai contruit une maison solaire, Combat Nature n°87, nov. 1989

9 – G. Sainteny, Les Verts, Que sais-je ? P.U.F 1991

Un tabou ? La surpopulation

28 décembre 2009, Ghislain Nicaise
En France, pays de culture majoritairement catholique et/ou marxiste, le sujet de la surpopulation a toujours été traité assez discrètement. Nos chercheurs ont même compté des populationnistes éminents comme Alfred Sauvy et il n’est pas rare de voir encore maintenant nos media déplorer le rétrécissement à la base de la pyramide des âges. Cependant, avec la toute jeune prise de conscience de l’épuisement des ressources, même en France, les préoccupations démographiques connaissent un regain d’intérêt, bien que l’on puisse noter une certaine timidité sur le sujet chez les Verts.
En 1968 au début de la prise de conscience écologiste, Paul R. Ehrlich publiait « The population bomb » (en français « La bombe P », 1971). Un autre pape de l’écologisme des années 1970, Stewart Brand, éditeur du « Whole Earth Catalog », a déclaré plus récemment (Technology Review, MIT, May 2005) que les écologistes devraient réviser leurs positions sur la surpopulation. L’explosion démographique est moins redoutable que ce que l’on pouvait craindre il y a quarante ans. En fait il y a même effondrement des taux de natalité dans tous les pays, les pays les plus développés étant en avance sur ce point. Stewart Brand ajoute que ce n’est pas bien entendu la lecture du livre d’Ehrlich qui en est la cause mais la migration vers les villes. En un siècle la population urbaine mondiale est passée de 14 % à 50 %. Les villes sont des étouffoirs à natalité, de quoi troubler les rêves agricoles des écolos, l’auteur de ces lignes y compris.
Quelle est exactement la situation mondiale ? Elle peut se résumer en deux courbes. La première, empruntée au Musée de l’Homme, montre la croissance de notre espèce, débutant doucement au néolithique et explosant au XXe siècle. La deuxième, provenant des Nations Unies, donne les prévisions d’ici 2050 selon que l’on choisit une plus ou moins grande fécondité féminine. Dans l’hypothèse relativement optimiste où le nombre d’enfants par femme continue à diminuer jusqu’à 2, nous nous retrouvons à plus de 9 milliards en 2050. Il est peu probable qu’une augmentation d’un tiers des bouches à nourrir sur une aussi courte période soit satisfaite sans problèmes par l’agriculture mondiale et le système de distribution dans leur état actuel. Au mieux cela aggravera la déforestation et la perte de biodiversité.
Pour ne prendre que les céréales, les réserves mondiales n’ont cessé de décroître depuis 1999, et nous disposons maintenant d’un stock de moins de 60 jours de consommation. Il ne s’agit pas d’un pic au sens du pic pétrolier puisque ces ressources sont renouvelables mais la disponibilité en terres cultivables elle, est une ressource limitée dans la mesure où la désertification progresse. C’est le moment que l’industrie des agrocarburants a choisi pour se lancer dans la conversion massive de céréales en éthanol. La compétition pour la nourriture risque d’apporter sa contribution à l’écocide généralisé bien avant le réchauffement climatique !
Cependant l’inertie démographique est moindre que la persistance des gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Les courbes de l’ONU montrent qu’avec une décroissance forte de la natalité, on peut espérer arriver au pic de population dès 2035, soit une augmentation de 1,5 milliards au lieu de 3. Il semble irréel de pouvoir influencer ces tendances du fait de l’échelle mondiale du problème, mais il n’est pas interdit de se pencher sur notre démographie nationale : la France se distingue en Europe par une fécondité supérieure à 2 enfants par femme et contrairement à des idées reçues, ce n’est pas dû à la population immigrée. De quoi faire plancher les sociologues… et nous faire réfléchir sur les aides aux familles nombreuses ?
G.N.

En France, pays de culture majoritairement catholique et/ou marxiste, le sujet de la surpopulation a toujours été traité assez discrètement. Nos chercheurs ont même compté des populationnistes éminents comme Alfred Sauvy et il n’est pas rare de voir encore maintenant nos media déplorer le rétrécissement à la base de la pyramide des âges. Cependant, avec la toute jeune prise de conscience de l’épuisement des ressources, même en France, les préoccupations démographiques connaissent un regain d’intérêt, bien que l’on puisse noter une certaine timidité sur le sujet chez les Verts.

En 1968 au début de la prise de conscience écologiste, Paul R. Ehrlich publiait « The population bomb » (en français « La bombe P », 1971). Un autre pape de l’écologisme des années 1970, Stewart Brand, éditeur du « Whole Earth Catalog », a déclaré plus récemment (Technology Review, MIT, May 2005) que les écologistes devraient réviser leurs positions sur la surpopulation. L’explosion démographique est moins redoutable que ce que l’on pouvait craindre il y a quarante ans. En fait il y a même effondrement des taux de natalité dans tous les pays, les pays les plus développés étant en avance sur ce point. Stewart Brand ajoute que ce n’est pas bien entendu la lecture du livre d’Ehrlich qui en est la cause mais la migration vers les villes. En un siècle la population urbaine mondiale est passée de 14 % à 50 %. Les villes sont des étouffoirs à natalité, de quoi troubler les rêves agricoles des écolos, l’auteur de ces lignes y compris.

Quelle est exactement la situation mondiale ? Elle peut se résumer en deux courbes. La première, empruntée au Musée de l’Homme, montre la croissance de notre espèce, débutant doucement au néolithique et explosant au XXe siècle. La deuxième, provenant des Nations Unies, donne les prévisions d’ici 2050 selon que l’on choisit une plus ou moins grande fécondité féminine. Dans l’hypothèse relativement optimiste où le nombre d’enfants par femme continue à diminuer jusqu’à 2, nous nous retrouvons à plus de 9 milliards en 2050. Il est peu probable qu’une augmentation d’un tiers des bouches à nourrir sur une aussi courte période soit satisfaite sans problèmes par l’agriculture mondiale et le système de distribution dans leur état actuel. Au mieux cela aggravera la déforestation et la perte de biodiversité.

Pour ne prendre que les céréales, les réserves mondiales n’ont cessé de décroître depuis 1999, et nous disposons maintenant d’un stock de moins de 60 jours de consommation. Il ne s’agit pas d’un pic au sens du pic pétrolier puisque ces ressources sont renouvelables mais la disponibilité en terres cultivables elle, est une ressource limitée dans la mesure où la désertification progresse. C’est le moment que l’industrie des agrocarburants a choisi pour se lancer dans la conversion massive de céréales en éthanol. La compétition pour la nourriture risque d’apporter sa contribution à l’écocide généralisé bien avant le réchauffement climatique !

Cependant l’inertie démographique est moindre que la persistance des gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Les courbes de l’ONU montrent qu’avec une décroissance forte de la natalité, on peut espérer arriver au pic de population dès 2035, soit une augmentation de 1,5 milliards au lieu de 3. Il semble irréel de pouvoir influencer ces tendances du fait de l’échelle mondiale du problème, mais il n’est pas interdit de se pencher sur notre démographie nationale : la France se distingue en Europe par une fécondité supérieure à 2 enfants par femme et contrairement à des idées reçues, ce n’est pas dû à la population immigrée. De quoi faire plancher les sociologues… et nous faire réfléchir sur les aides aux familles nombreuses ?

G.N.

Lettre à Jacques Julliard

28 décembre 2009, Ghislain Nicaise

Cher Monsieur Julliard,

Ce message est une réaction à votre article du Nouvel Observateur daté du 3 au 9 décembre.

En formulant l’alternative entre  »deux pentes différentes et même opposées de la pensée : l’une est fondée sur le droit de l’homme à un environnement naturel de qualité; la seconde, sur le droit de la nature à être respectée par l’homme » vous avez biaisé d’emblée le vrai débat entre les deux pentes de pensée qui se présentent. En effet : qui ne pourrait souscrire à « un environnement naturel de qualité « et bien entendu pour le lecteur instruit et humaniste du Nouvel Obs « le droit de la nature » semble dérisoire, voire inquiétant.

En saluant les écrits de Luc Ferry, qui amalgament allègrement écologistes et nazis, vous vous faites insulte à vous-même et vous mettez d’emblée le débat au niveau du point Godwin.

Le choix me semble devoir se faire effectivement entre deux pentes, mais que l’on pourrait reformuler ainsi : l’une est fondée sur la conviction qu’en développant les techniques appropriées le modèle de civilisation occidental pourra être étendu à l’ensemble de l’humanité et aux 9 milliards que nous devrions être en 2050, l’autre que les réalités physiques, les « limites de la croissance » (Club de Rome) ne nous laissent le choix qu’entre une décroissance maitrisée et une décroissance subie.

Ou nous adoptons l’attitude quelque peu religieuse qui consiste à nous en remettre aux savants et aux entrepreneurs pour maintenir le statu quo ante, ou nous prenons la mesure des bouleversements qui sont en train de se développer et nous prenons pour objectif premier de conserver la démocratie et la solidarité, singulièrement menacées dans cette perspective.

La défense de la nature et le combat pour la sobriété ne sont ni la défense de la planète, qui nous survivra, ni la défense de l’humanité, dont il restera des représentants, c’est la défense de la civilisation. Tous les écocides du passé ont entraîné un effondrement de la population et des cultures qui les ont mis en oeuvre. Si comme je crois vous avez entendu parler de l’essai de Jared Diamond « Collapse » vous voyez ce que je veux dire. La nouveauté est que l’écocide en cours est mondial et d’une ampleur sans précédent.

J’ai été frappé par la convergence de vue entre votre article et celui de Denis Olivennes dans le même numéro, qui comme vous mais plus brièvement diabolise une écologie « archaïque » qui « divinise la nature et satanise l’homme ». La mention du « troisième enfant » laisse deviner une allusion à une déclaration récente (aussitôt déformée par plusieurs media) du député de Paris Yves Cochet. Je le connais assez pour pouvoir affirmer qu’il n’est ni religieux, ni puritain, ni sévère. Il a le tort de mettre le doigt sur des réalités qui dérangent. La même analyse de la décroissance inévitable du PIB se retrouve chez un consultant en énergie, pronucléaire au demeurant, Jean-Marc Jancovici.

Ce n’est pas en exorcisant ceux qui ont le courage et la lucidité d’affronter la réalité que vous défendrez les valeurs humanistes et le désir de rationalité que j’en suis certain vous et moi partageons.

Ghislain NICAISE