Archive pour la catégorie ‘Nous avons lu’

Lettre d’amour au Sauvage

12 février 2011,

Cette lettre date de 1990. Elle ne nous semble pas avoir vieilli. Qu’en pensez vous?

D’abord pour le plaisir.

Et pour participer à une entreprise de réflexion, d’écriture, de lecture qui relie un groupe d’individus sauvages.

Sauvage ? Un habitant de la planète qui vit d’une certaine manière, original. Se préoccupe davantage de réussir sa vie, que de réussir dans la vie.

Avez-vous le courage de vos désirs ?

Envisagez-vous de changer de profession ?

(suite…)

Instantanés

17 janvier 2011,

C’est de la poésie. Et en 2010 ! Nous voilà inquiets. C’est un agréable volume à saisir, à parcourir.
Bien, c’est de la poésie. Ca ne fait pas de mal. Ca se lit. Ca se repose comme un vin débouché. C’est écrit par un ami Gabriel.
On y reviendra.
On y revient, c’est illustré de photos de Jean-Michel Fauquet. Des riens, des tout. Des fonds de songes éveillés. Non ce n’est pas illustré : d’un côté les poèmes, de l’autre les photos.
Ca se répond. Ca communique une fois le livre refermé. Ca devient une musique unique.
Ce bouquin prend du poids avec le temps.
On le rouvre lorsqu’on s’en sent capable.
C’est du nanan de vision trouble, extra-lucide.
Voilà une poésie intitulée Chemin .
Par hasard c’est la première.

Entre la mer et les clôtures
Il sépare le temps des villas
De celui des naufrages

Ce n’est rien, c’est beaucoup. Il faut dire que la poésie, ça mérite qu’on s’y arrête.
Qu’on y revienne. Ca fabrique du silence tout autour. Beaucoup de silence. Du silence de première nécessité.
Instantanés de Gabriel Peynichou et Jean-Michel Fauquet. 20€
Editions : pourquoi viens-tu si tard ? œuvre de Frank Berthoux. De la belle ouvrage.
Domenico Cioffarelli l’a rigoureusement traduit en Italien.
On pourra l’emporter outre-mont.

A.H.

“Indignez vous!” dit-il

15 janvier 2011,

Nous n’avons pas attendu ce charmant et très estimable monsieur pour nous indigner. Mais nous espérons n’en être pas restés là. Oui nous sommes encore indignés par l’état dans lequel notre espèce a mis la planète et ceux qui l’habitent. Nous sommes indignés par ce qui arrive aux Palestiniens, mais aussi au Nord Coréens, à la main d’oeuvre chinoise et à toutes les espèces vivantes qui disparaissent.

Mais nous nous souvenons d’une autre formule que nous avions promue dans le Sauvage (1er avril 1991): ” Memento audere semper” penser à toujours oser. Certes son auteur Gabriele d’ Annunzio est loin d’être irréprochable. Ce fut même un bel imbécile parfois mais on ne peut que sentir le vent de son exhortation. Oser, c’est à dire entreprendre, ne pas en rester à l’indignation.

On craint à lire Stephane Hessel qu’il ne donne qu’ un crouton à ronger aux désespérés, aux exploités. C’est mieux certes que de céder au découragement mais ce n’est pas assez.

Entreprenons un potager, ou de changer la vie, ou d’aimer, ou de déménager, ou de formuler un programme politique écologique qui parle de vie. Entreprenons, osons.

La brièveté de cette critique correspond à la brièveté de l’ouvrage qui en est l’objet.
Et nous saluons l’éditrice Sylvie Crossman qui écrivit jadis dans le Sauvage et peut y revenir.

A.H.

LE PARADIS SUR TERRE

22 décembre 2010,

Un jour où je devais faire son éloge anthume devant une assemblée bienveillante de jardiniers et de botanistes, j’ai été amené à dire qu’Alain Hervé avait
“écrit un nombre considérable d’articles passionnants pour un large public en un merveilleux français ; pour ma part j’ai surtout écrit, en mauvais anglais, un petit nombre d’articles dont la lecture aride est réservée à quelques initiés”.

J’ai accepté donc à la légère d’écrire une préface pour un livre (Le Paradis sur Terre, éd. Sang de la Terre) auquel j’apporte la mince caution de mon quasi-anonymat. J’ai accepté parce j’aime lire ce qu’écrit Alain Hervé.

Comme tout misanthrope qui se respecte, Alain Hervé a un profond et discret amour de l’humanité : “L’homme est une merveille de la nature dans une nature merveilleuse”. Il l’aimerait meilleure bien entendu cette humanité, comme tout le monde, mais sa grande capacité d’empathie lui a donné une aptitude réelle d’abord pour comprendre et organiser les entreprises humaines, ensuite pour écrire des livres.

L’écologie profonde qu’il affiche parfois est une carapace et aussi une défense contre le gauchisme et le politiquement correct dont il a eu sa ration en tant que journaliste au Nouvel Obs. Il se voudrait le sauvage, du nom du journal qu’il a fondé et dirigé pendant 8 ans, alors qu’il n’y a pas plus civilisé que ce voyageur.
Et surtout pour le présent propos, il écrit bien. Il a créé un style qui permet d’en reconnaître l’auteur à la lecture d’un seul paragraphe.
il forge des mots, mots nouveaux immédiatement compréhensibles dans leur contexte, qui lui permettent d’exorciser ce qu’il n’aime pas,  pesticider, déficiter, médiacirque, psychoncontorsionnement, névroconflits, solodéprimes, squelettisme, une haine submergeante, un journal qui trémouille d’émotion, un lideur maximal, le bâfrage, les centrales tchernobiliennes.
Il ponctue son texte de phrases courtes, sans verbe, qui tirent de ce fait même une grande force et ponctuent la réflexion de la lectrice et du lecteur.
Il nous entraîne dans son monde riche de souvenirs et de sensualité quotidienne.

Pour bien caractériser l’impression d’évasion que me donne cette lecture, je dirais que quand je referme son livre, il me faut un moment pour reprendre contact avec la réalité ambiante, comme lorsque l’on sort du cinéma après un bon film.
A noter que sur le fond du message, il est resté fidèle aux positions qui étaient les siennes quand il a fondé les Amis de la Terre il y a quarante ans.

Ghislain Nicaise

Si vous avez encore un doute, allez en lire quelques bonnes lignes ici

L’apprentissage de la marche de Jean-Louis Hue

3 décembre 2010,

Voilà un livre de long cours et de grand air, sans graisse, précis, subtil, pour ne pas alourdir le pas, ni inutilement fatiguer. Livre d’ équilibre mêlant judicieusement érudition savante, anecdotes et humour. Livre d’observation de celui qui va marchant, ruminant ses pensées. Jean-Louis Hue (qui fut de l’équipe du Sauvage, puis plus tard rédacteur en chef du Magazine Littéraire) est parti sur les traces des écrivains marcheurs.

C’est un chasseur, un pisteur, il vérifie les itinéraires décrits, tente de dissiper les flous des narrations, il est en communion sans jamais s’identifier, il garde la bonne distance, il a du flair. Il note amusé, les vantardises de celui-ci, les approximations de l’autre, toujours en sympathie, il entre dans leur démarche jusqu’à se laisser “prendre par la main par la canne de Jean-Jacques Rousseau” et de célébrer les bâtons de marche, badines et autres joncs…

Et ces écrivains ne sont pas des moindres: Pétrarque avec qui il gravit le mont Ventoux, en état de “concupiscientia” paysagesque, car la vraie ascension qui compte est celle de âme vers Dieu. Les moines peintres taoïstes et gyrovagues Shi-Tao et Xu Xiake, le délicieux Basho qui “marche en comptant ses mots”et parsème ses haïkus à tous vents…

Louis Capet dit XIV qui dans sa “manière de montrer les jardins de Versailles” nous enjoint à une promenade royale autant qu’autoritaire, Jean-Jacques au Val Travers, son paradis suisse, méditant, marchant hygiéniquement, inventant la promenade botanique…

Tous les chapitres sont autant d’invitations à des balades, en ville avec Sébastien Mercier, sur les Boulevards avec Balzac, filant “l’homme des foules” avec Baudelaire, … à la montagne avec Saussure, Töpfer, WordWorth, H.D. Thoreau et Flaubert, et Walser, et Stevenson, et Jacques Lacarrière… Les citer tous serait fastidieux, il faut y aller voir, suivre les itinéraires balisés de l’excentrique Claude François Denecourt, flécheur des sentiers de Fontainebleau… Jean-Louis clôt par le “Chemin des chemins”: Compostelle, la gloire du marcheur, il n’épargne pas sa peine, décrit les chemins rudes de l’Aubrac, les départs au petit matin qu’imposent les moines, son éblouissement devant la Cathédrale…

On sort de là tout ébouriffé de souvenirs, l’âme heureuse d’avoir tant vu, plein de gratitude…

Lisez Jean-Louis , vous jubilerez de bonheur littéraire, de son écriture, de son humour tendre et nostalgique, de cet art qui lui appartient, de témoigner avec élégance sans se mettre en avant et de cet amour pour tous ses compagnons marcheurs et rêveurs ….

(Grasset éditeur, 17€, 232 pages)

Daniel Maja

Book of palms

17 septembre 2010,

Carl Friedich Philipp von Martius
Taschen éditeur

L’œuvre d’une vie publiée en trois volumes in folio entre 1823 et 1853 vient de reparaître.
Rassurez vous, malgré le titre en anglais, il est également traduit en français. Ce livre mythique ne subsistait qu’à quelques exemplaires valant des centaines de milliers d’euros. Il ne coûte plus que 99,99 euros. Et pour le prix vous aurez cinq kilos de papier relié. Et de prodigieux cadeaux de Noël à portée de la main, sinon du portefeuille.
Les trois volumes ont été ramassés en un seul d’un format un peu inférieur à l’in folio soit 43/31 centimètres. Mais l’objet reste une merveille. La qualité de l’impression est superbe et sur 442 pages on retrouve aussi bien des détails que des vues d’ensemble des palmiers.

Von Martius en Amazonie
Ainsi nous pouvons saluer  von Martius dont nous connaissons la devise : In palmis semper parens juventus, in palmis resurgo (Parmi les palmiers je me sens toujours jeune, parmi les palmiers je ressuscite).
Résurrection en effet, mise en scène avec virtuosité par H. Walter Lack, directeur du jardin botanique et du musée botanique de Berlin. On peut dire que Martius fut l’inventeur des palmiers pour les Européens, qui les ignoraient. En 1753 Linné en avait répertorié neuf espèces seulement et n’en avait vu que quatre ! Seuls Humboldt et Bonpland avaient entamé l’ouvrage d’investigation au cours de leur voyage en Amérique du Sud de 1799 à 1804. Ils en avaient répertorié une centaine.

Certes nous sommes encore très loin des connaissances contemporaines répertoriées dans le Genera Palmarum de Uhl et Dransfield .

Mais ce qui est très émouvant c’est d’assister à la naissance d’une passion exclusive en même temps que d’une science botanique.

La prodigieuse attention portée aux détails de la plante dans les dessins de Martius nous ouvre les yeux sur les mystères du cœur contourné des palmiers, sur la beauté des fleurs, sur la sensualité des fruits, sur la sexualité des gousses de graines. Le monde végétal apparaît comme un immense répertoire de formes vivantes. On plaint ceux qui ne voient que du vert dans la nature. Avec les palmiers observés dans la forêt primaire, on pénètre dans l’imaginaire devenu la profusion du réel.
La nature rêve, et raconte ses rêves dans le cœur des palmiers.
Même si les noms latins d’identification des plantes ont évolué, on trouve déjà l’Oenocarpus , les Phoenix, les Syagrus, les Chamaerops, les Trachycarpus, les Borassus, les Calamus…
Une vie entière consacrée aux palmiers au retour d’un périple de 2.250 kilomètres pendant trois ans, de 1817 à 1820 à travers le Pérou et le Brésil, se trouve résumée dans ce volume.
Et il ne faut pas oublier que Martius rapportait une collection de cent cinquante mille objets et plantes et n’avait que vingt six ans lorsqu’il est rentré à Munich !

Sur son portrait , von Martius apparaît un peu triste, ce n’est pas le cas de son œuvre jubilatoire sur les, palmiers.
Vous pourrez en savoir plus sur ce livre en allant sur le site : Taschen books palms.

Alain HERVE

La permaculture

9 septembre 2010,

En janvier 2009, à la demande de Michel Courboulex, j’ai rédigé le premier d’une série d’articles qui paraissent depuis tous les deux mois dans la Gazette des Jardins. Cette série s’intitule “Aventures en permaculture”. Elle relate mes essais souvent maladroits et parfois comiques d’installer un écosystème permettant la survie humaine. Ces essais ont pour localisation le hameau Pinaud dans l’arrière-pays niçois, d’où la signature sous le pseudonyme Ghislain Depinaud. J’essaye d’expliquer brièvement ce qu’est la permaculture dans le premier article, mais plusieurs ami-e-s m’ont demandé de leur en dire davantage. C’est ce qui est tenté dans ce qui suit.

Définition
Selon les termes de l’inventeur du mot “permaculture”, Bill Mollison, la permaculture est une méthode de création d’environnements humains durables. Le mot lui-même est une contraction non seulement d’agriculture permanente mais aussi de culture permanente, car les cultures ne peuvent survivre longtemps sans une base d’agriculture durable et une éthique de l’utilisation des sols (1). L’objet de la permaculture est de créer des écosystèmes pérennes et nourriciers pour l’espèce humaine, économiquement viables. D’agricole au départ, le concept a été généralisé à la construction de sociétés humaines durables et résilientes, ce qui englobe l’habitat et l’économie en général. Les lignes qui suivent seront consacrées au socle agricole de la permaculture, qui lui donne son crédit et son originalité. (suite…)

Les secrets d’un jardin écologique

15 juillet 2010,

Ce livre de Laurent et Isabelle Urban apporte une contribution très originale sur un sujet déjà abondamment traité. Il s’agit en effet d’expliquer le pourquoi et le comment de la vie des plantes. Autrement dit de nous initier de manière simple et claire à la physiologie de ces organismes vivants qui sont à l’origine de la vie et qui encore aujourd’hui nous permettent de vivre.

C’est au jardin que l’on peut commencer de comprendre ce que signifie le mot “écologie”. L’écologie n’est en effet pas un ornement de l’économie ou de la politique. C’est une perception globale des mécanismes de la vie dans la quelle nous sommes immergés.

Nos auteurs nous en font la démonstration à travers des observations précises.”Pourquoi ne peut-on pas greffer les liliacées, les graminées et les orchidées? “ou bien: “Préserver et valoriser les organismes auxiliaires indigènes.” ou bien : “Pourquoi les fruits les plus sucrés sont -ils aussi souvent les plus gros?” ou bien: “Sortir du paradigme biotechnologies-engrais-pesticides-mécanisation.” etc…

Précis, profond, pratique ce livre mérite les 24 euros que l’on aura investi. Il est remarquablement mis en page. Il est relié souple pour nous accompagner sur le terrain. Il est édité chez Belin.

Alain HERVE

Ghislain a la tâche

31 mai 2010,

Le fondateur et rédacteur en chef du Sauvage, Alain Hervé, a publié récemment un livre disponible dans toutes les bonnes librairies. Même si cet ouvrage a très bien été accueilli par les critiques, il serait injuste qu’il ne soit pas annoncé sur le site du Sauvage. Alain ne pouvant en faire lui-même l’éloge, j’en ai accepté la tâche. Ne voulant pas être suspect de complaisance en étalant tout le bien que j’en pense, je me retranche derrière la préface d’un collègue et auteur plus célèbre que moi, le botaniste du radeau des cimes, Francis Hallé :

” C’est un vrai bonheur pour moi d’ajouter quelques mots à cet ouvrage. Je l’ai trouvé facile à lire, instructif et jubilatoire comme tout ce qu’Alain Hervé écrit sur les plantes. En outre il est amusant par son côté presque psychanalytique.
Il révèle si bien les goûts de l’auteur, qui présente ici 39 espèces végétales “officielles” (y compris Pierre Lieutaghi, mais il ne m’en voudra pas de le compter parmi les plantes !). Sur ce total, on recense six herbes: ces plantes-là, on le voit bien, ne jouissent pas d’une entière sympathie…On y trouve aussi une vingtaine de vrais arbres, dont 8 palmiers “officiels” avec pignon sur rue: mais c’est sans compter avec les nombreux palmiers “officieux” qui se glissent dans ses lignes dès qu’Alain Hervé écrit et qui atteignent je crois, un total de 39 espèces ! On retrouve là la passion de l’auteur de La proximité folle du Paradis (Actes Sud, 1991)…
Merci cher Alain Hervé, de tant aimer les plantes et de transmettre avec des mots si justes la passion qu’elles vous inspirent – avec ou sans palmes ! Votre ouvrage va faire plaisir à tous ceux – dont je suis- qui aiment vous lire.”

Ce que je voudrais ajouter au propos de Francis Hallé, avec une profonde conviction, c’est que ce livre ne m’a pas tant intéressé par ses plantes que par le dépaysement et le plaisir de lire. Celles et ceux qui n’avaient jamais lu des textes d’Alain Hervé auront l’envie d’en lire d’autres, quel qu’en soit le sujet.

Ghislain Nicaise

Alain Hervé, Fous de plantes, Belin, 14,5 €