Archive pour la catégorie ‘Gloire à nos illustres pionniers’

Hommage à Alain-2

20 octobre 2019,

Ce texte a été lu le 16 octobre 2019, en introduction de la réunion d’hommage à Alain Hervé.

 Chemin de paradis,

 par Pierre Lieutaghi

S’il est vrai qu’un arbre, plus particulièrement, s’accorde à notre personne profonde, ta passion pour les palmiers, Alain, enseigne beaucoup sur ce que tu fus : rigoureux avec propension à la nonchalance, passionné allant calme, et loin, dans l’approbation des lumières, l’attente des ombres — fier méditatif à la réserve de prince. Si tu avais porté un blason, ç’aurait été : d’azur à phénix d’or.

Tu écris : « J’aime le désordre, je milite pour le désordre qui est l’ordre caché de la nature ». Les palmiers sont cet ordre à eux seuls ; ils contredisent ce qu’on prend pour de la confusion, réalisent l’accomplissement de présence, et d’ambivalence : à la fois herbe et arbre, souplesse et rigidité. À moitié faits de lumière ciselée, ils attestent l’habileté du jour. Tu as passé ta vie à célébrer ce jour tremblant, ses éclats, l’ombre où l’on vient méditer la lumière.

Tu as tant aimé les plantes distantes de nos soucis, impassibles mais tellement imbriquées à l’œuvre de vie qu’il en résulte ce monde où une conscience les trouve belles. Et l’art, lumière humaine d’aube. D’Arezzo, où « tout n’est que rêve », où tu remarques encore une palme, tu rapportes ce que nul critique n’a su voir chez Piero della Francesca : un silence « comme si le temps d’un instant le plan de Dieu pour le monde et ses créatures devenait soudain visible ».

On s’était rencontrés à Paris, un jour terne où passaient des mots clairs, (suite…)

Hommage à Alain-1

19 octobre 2019,

cliché Jean-Pierre Godeaut

Le 16 octobre 2019, une cinquantaine de personnes se sont réunies au Ministère de la Transition écologique et solidaire pour un hommage à Alain Hervé. Nous publierons les principales interventions. Sophie Chauveau a accepté d’évoquer la dimension d’Alain écrivain, prenez le temps de lire et méditer son éloge…

Hommage à Alain,

par Sophie Chauveau.

Fin août, je suis allée au Mucem, il y avait une très belle expo sur les Îles. Des îles rêvées, inventées, englouties… C’était comme un hommage très, trop discret à notre ami mort au début du mois de mai, et pourtant nulle part il n’était cité.

Comme depuis le début de l’été, j’avais entrepris de relire toute son œuvre littéraire, ça m’a d’abord scandalisée. Puis je me suis dit qu’à sa façon désinvolte, il avait dû le désirer, ce passage sous silence, sinon… N’a-t-il pas eu longtemps les moyens de parler et de faire parler?

Artiste de la conversation, je l’ai entendu se définir tel. Il plaçait l’art de converser, façon salons du XVIIIe, au même niveau que l’art des jardins. C’est dire…

Cependant, en le relisant au petit point serré, je comprends à quel point la chose écrite comptait pour lui, et à quel point il affichait du détachement pour ne pas, pour ne jamais en souffrir. Il a toujours eu cette incroyable élégance.

Je me rappelle avoir souvent parlé avec lui des moyens de publier sans en passer par le cirque usuel. Exister sans effort ! Il y est presque tout le temps  parvenu.

Je voulais intituler cet hommage : Un autre monde était possible, tu l’as inventé puis habité. Souvent tu nous y as convié. Et pas mal influencé. (suite…)

Biosphère-info spécial Alain Hervé

4 juin 2019,

Les Amis de la Terre France déposèrent leurs statuts à la préfecture de Paris le 11 juillet 1970. Les principaux fondateurs étaient Edwin Matthews, un avocat américain résidant à Paris, et Alain Hervé, un poète, navigateur et reporter. Le Comité de parrainage comprenait Jean Dorst, Pierre Gascar, Claude Lévi-Strauss, Théodore Monod et Jean Rostand. Alain Hervé donne quelques précisions dans l’Ecologiste n° 21 (décembre 2006 – mars 2007)  : « A New York, Gary Soucie me raconta en mars 1970 le vécu d’une association créée en 1969 par David Brower, Friends  of the Earth, dont le journal était intitulé « Not man apart ». David Brower avait été licencié de son poste de directeur exécutif du Sierra Club en 1969 alors qu’il avait voulu donner une dimension beaucoup plus politique, polémique et militante à la philosophie de la protection des grands espaces sauvages aux Etats-Unis. Lors de sa venue à Paris en novembre 1970, David développa son thème principal, celui de la vie sur la petite planète Terre et les destructions perpétuées par l’homme au détriment de cette vie depuis le début de l’ère industrielle. Il s’en prenait au désordre démographique de l’espèce, au gaspillage des ressources naturelles pour promouvoir des modes de vie insoutenables. Je me suis toujours demandé pourquoi je fus aussi disponible à recevoir une remise en cause aussi radicale de la religion du progrès. En effet à l’époque, la formule idiote des Trente Glorieuses n’avait pas encore fait fortune. Aujourd’hui nous devrions les rebaptiser les Trente Désastreuses ; trente ans dont nos descendants mettront des centaines ou des milliers d’années à réparer les dégâts sur la Biosphère. Le premier numéro du Courrier de la Baleine est paru dès 1971. Dès cette époque, on y retrouve ce qui fait encore l’actualité aujourd’hui, l’amiante, le bétonnage, la destruction de l’agriculture vivrière au profit de l’agriculture industrielle, la critique des pesticides de synthèse, l’urbanisme centré sur l’usage de l’automobile. En 1974, nous soutînmes la campagne de René Dumont pour les présidentielles… » (suite…)

Pierre Fournier, à la racine de l’écologisme

31 mai 2019,

Il vient de paraître un livre dont le titre « Fournier, face à l’avenir » n’est pas particulièrement accrocheur. Si j’en avais vu la couverture en librairie, je ne l’aurais peut-être même pas feuilleté. Je l’ai lu cependant (1) et j’en recommande vivement la lecture. 

Son autrice Diane Veyrat a fait un excellent travail d’historienne, elle n’était pas née à l’époque qu’elle décrit de manière précise, les quatre années (1969-1973) d’intrusion de Pierre Fournier dans l’univers médiatique post-soixante huitard. Son livre est fidèle aux souvenirs que j’en avais gardé et a enrichi ces souvenirs d’une vision pertinente. J’ai toujours l’espoir un peu vain que les lectrices et lecteurs de mes écrits, qui sont plus jeunes que moi, ont à apprendre un peu du passé pour comprendre le présent. Pendant quelques années avec bien d’autres j’attendais la parution d’Hara-Kiri Hebdo (Charlie Hebdo à partir de novembre 1970 –2) pour l’ouvrir directement à la chronique de Fournier. Le Sauvage, dont je m’honore d’utiliser le titre, est paru à partir de 1973 et son succès, l’éducation de son lectorat, doivent probablement beaucoup aux quatre années de l’étoile filante Fournier (mort cette année là à l’âge de 35 ans).

Quand en 1984 les principaux mouvements écologistes se sont réunis pour fonder les Verts, l’influence de Fournier était encore perceptible dans l’orientation « ni droite ni gauche » (suite…)

Discours sur la servitude volontaire (1576)

5 décembre 2018,

« Soyez résolus de ne plus servir et vous voilà libres »
Etienne de La Boétie